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Joyeux anniversaire !

par Matthias Pintscher, le 06/03/17

Matthias Pinstcher©F.Ferville

En mars l’Ensemble intercontemporain souffle ses 40 bougies avec trois grands concerts à la Philharmonie de Paris les 17, 18 et 30.03. C’est l’événement de notre saison et c’est évidemment le sujet de cet Instant M. spécial EIC40. 

Matthias, comment ces trois concerts fêtant les 40 ans de l’Ensemble ont-ils été conçus ?

D’abord, il nous a semblé essentiel de montrer toutes les facettes de notre ensemble, c’est-à-dire, notre présent, nos racines, et notre investissement toujours plus actif pour le futur. Ce quarantième anniversaire se déclinera ainsi en trois soirées. La première et la plus importante, le 17 mars, a été intégralement imaginée par nos solistes, qui, soit dit en passant, prennent plus que jamais part à la direction artistique et à la destinée de l’Ensemble. À ce sujet, je voudrais remercier ici Sophie Cherrier et Emmanuelle Ophèle qui ont réalisé un travail formidable avec leurs collègues ainsi qu’avec l’équipe administrative et technique pour la coordination de cette soirée. Ce concert est donc une « création collective » dont je suis très heureux car cela prouve que, si nous avons récemment perdu notre fondateur, Pierre Boulez, nous sommes capables d’aller de l’avant et d’inventer de nouveaux modes de fonctionnement et de pensée, moins directifs et plus collégiaux.

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Ce sera une soirée « À livres ouverts », avec un livre pour chacune des quatre décennies de notre aventure. Il nous paraissait essentiel de rappeler l’aspect protéiforme de l’Ensemble. Nous entendrons donc un programme qui va de l’œuvre pour soliste à celle pour plus de trente musiciens, en passant par le quatuor à cordes et le quintette de cuivres. Nous présenterons des pièces de compositeurs qui ont marqué l’histoire de l’Ensemble. Certains d’entre eux ont accepté de diriger eux-mêmes leurs œuvres à cette occasion. Et ce n’est pas tout puisque cette soirée festive sera ponctuée de nombreuses surprises. Ce sera donc une grande fête d’anniversaire à laquelle nous convions notre public !

Vient ensuite le concert du 18 mars que l’on pourrait intituler « les racines ». 

Oui en effet. Schönberg, Webern, Boulez, ce sont nos racines. Tout s’y trouve déjà, en germe. Et nous connaissons parfaitement ces musiques. De mieux en mieux même. À chaque fois que nous travaillons la musique de Schoenberg, je constate combien notre jeu a évolué : nous nous approchons de plus en plus de la « manière viennoise » de jouer Schoenberg. C’est une manière qui m’est très naturelle, mais qui n’est pas dans l’ADN de l’Ensemble et va à l’encontre du naturel des musiciens, au contraire de la musique de Webern, du reste. Aussi nous persévérons, et le travail porte ses fruits : aujourd’hui, nous maîtrisons toujours mieux les couleurs et émotions propre au langage musical de Schoenberg. Quant à sur Incises de Pierre Boulez, c’est juste un chef-d’œuvre qui sera joué pour la première fois dans la Grande salle de la Philharmonie de Paris, récemment rebaptisée, Grande salle Pierre Boulez.

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Le dernier volet de ces célébrations, le 30 mars, porte un titre prodigieux et énigmatique à la fois : Genesis.

C’est un projet que je mûris depuis un moment, conséquence logique de mon travail sur ma pièce bereshit (2012). Le concept était de passer sept commandes à sept compositeurs différents, chacune de ces commandes correspondant à un des sept jours de la création selon le livre de la Genèse. L’idée peut paraître simpliste, mais je pense au contraire que cette simplicité est propice à une grande créativité. C’est l’une des grandes joies de la création : on n’avait en amont aucune idée de ce que ce projet allait donner et, aujourd’hui, je suis vraiment fasciné par la manière dont ces sept compositeurs, venant d’horizons très variés, se sont emparés de ce sujet pour former un tout.

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Comment avez-vous choisi les compositeurs et comment avez-vous distribué les sept jours ?

Choisir n’est jamais simple, d’autant plus que je connais et apprécie le travail de nombreux compositeurs. Ma principale préoccupation a été de varier, radicalement, les styles et les esthétiques, sans chercher de cohérence ou d’affinités, afin de présenter la véritable diversité du paysage contemporain. La diversité si complexe de notre monde est à mon sens un atout, et ce cycle de création en témoigne. Après qu’ils aient été sélectionnés, j’ai demandé aux sept compositeurs leurs préférences quant au jour de la Genèse dont ils souhaitaient s’emparer : ils en ont chacun choisi un ou deux. Le résultat m’a surpris car leurs premières réponses ont déjà permis de se faire une idée de l’ensemble. Il n’y a eu ni conflit, ni demande de changement, tout s’est passé très naturellement.

Des contraintes ont-elles été imposées ?

Oui. Un cadre était quand même nécessaire pour que le projet soit cohérent. D’abord en termes d’effectifs : les compositeurs devaient se « contenter » des instrumentistes de l’Ensemble — sans glass harmonica, comme l’un d’eux me l’a demandé, ni chanteur, etc. Ensuite sur le plan de la durée de chaque œuvre qui devait être a peu près équivalente. D’un point de vue plus strictement musical, je n’ai pas voulu imposer quoi que ce soit, mais j’ai formulé quelques suggestions pour leur donner des pistes de réflexion. Je leur ai par exemple demandé ce qui leur venait immédiatement à l’esprit lorsqu’ils songeaient au concept de création. Pour moi, le premier aspect auquel je pense, c’est le temps. Le temps très long de l’évolution. Je pense aussi au Mi bémol, au milieu du registre. Je ne sais pas pourquoi, le mi bémol est pour moi comme ce point rouge que portent les hindous au milieu front. Et j’ai constaté que je ne suis pas le seul parmi les collègues pour qui ce Mi bémol semble dégager une forme d’aura de la Création avec un grand C. Je leur ai donc demandé de songer à ce Mi bémol comme à une sorte de ligne d’horizon, de fil rouge, qui offre un repère au public.

> 17 mars, 19h30 : A livres ouverts 
> 18 mars, 20h30 : Hommage à Pierre Boulez
> 30 mars, 20h30 : Genesis

Propos recueillis par Jérémie Szpirglas / Photos (de haut en bas) © Franck Ferville / © Christophe Urbain / © kg-images / © Alain Willaume

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