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De l’œil à l’oreille…

par Matthias Pintscher, le 30/01/17

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Matthias Pintscher nourrit une véritable passion pour les arts plastiques dont il s’est régulièrement inspiré pour ses propres compositions. Le concert Rothko Chapel du 24 février à la Philharmonie de Paris était donc le sujet qui s’imposait pour son instant M. de février.

Ma passion pour les arts plastiques est bien connue — au moins autant que ma volonté de développer des liens entre les diverses disciplines. C’est pourquoi j’ai le sentiment que ce concert, dont chacune des œuvres s’inspire de près ou de loin d’une sculpture, d’une installation ou de peintures, porte en quelque sorte ma signature personnelle : de l’hommage de Morton Feldman au grand peintre américain Mark Rothko (Rothko Chapel ) à mon propre hommage à Anselm Kiefer (beyond ;a system of passing), en passant par l’œuvre de Jay Schwartz (M). Cette dernière fait d’ailleurs partie d’une série de commandes que le Festival de Salzbourg m’a demandé récemment de diriger (une série dont fait partie Adtende, ubi albescit veritas de Jarrell, qu’on a jouée l’année dernière). L’idée était de passer commande à douze compositeurs, lesquels devaient créer une pièce qui s’inspire d’une installation, d’une sculpture ou autre œuvre d’art exposée dans Salzbourg. C’est moi qui attribuais les œuvres d’art à chacun des compositeurs, et celle échue à Jay Schwartz était sans doute l’une des plus difficiles à transcrire en musique : une grande statue de « Mozart » du peintre et sculpteur allemand Markus Lüpertz.  Il s’en est sorti avec talent et finesse en faisant le choix d’élaborer son discours à partir de l’ouverture des Noces de Figaro. C’est le seul matériau qu’il utilise, exploitant son rythme et sa texture pour le faire exploser puis s’effondrer dans une éclipse totale.

Rothko Chapel (Houston)

Il se trouve que cette série grandit encore aujourd’hui avec ce concert qui présente deux créations. Pour la première, Grand Hommage à l’Âge de la Technique, Gregor A. Mayrhofer a trouvé son inspiration dans le grand relief de façade (au titre éponyme) de la Volkshochschule à Cologne. Une œuvre du sculpteur et architecte italien Arnaldo Pomodoro. Gregor n’est d’ailleurs pas seulement compositeur, mais aussi chef d’orchestre. C’est depuis l’an dernier notre chef assistant et il dirigera ce programme en même temps que sa création, qu’il emmènera tout d’abord à Cologne. Cela illustre un autre aspect emblématique de notre travail à l’Ensemble : la transmission. Contrairement à ce qui peut se faire dans les grands orchestres allemands ou anglo-saxons, je souhaite donner à nos chefs assistants l’opportunité de se produire en situation de concert afin d’en appréhender toutes les dimensions.

La deuxième création est celle de Benjamin Attahir, que j’ai rencontré au Conservatoire de Paris. Il avait également fait forte impression à Pierre Boulez. Sa musique est d’une grande sensualité tout en restant assez retenue, avec une certaine noblesse, comme en témoigne d’ailleurs cette nouvelle œuvre : Et nous tournions autour de ces fontaines hallucinées. Une composition pour ensemble qui trouve son origine dans les sculptures mobiles ludiques et poétiques de Jean Tinguely et Niki de Saint Phalle de la Fontaine Stravinsky.

 

Photos (de haut en bas) : Matthias Pintscher © Franck Ferville / autres photos : DR

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