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Les aventures de Pinocchio. Entretien avec Juliette Allen, soprano.

par Laurent Fassol, le 30/01/17

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C’est la jeune soprano belge Juliette Allen (photo ci-dessus) qui incarnera Pinocchio dans le conte musical que Lucia Ronchetti a composé à partir de la célèbre histoire imaginée par Carlo Collodi en 1881. Une expérience inédite dont elle nous fait part, avant la création de l’œuvre, le 8 février prochain à Rouen.

Juliette, comment avez-vous rejoint ce projet particulièrement original ?

J’ai tout simplement été repérée lors d’une audition professionnelle à l’Ecole Normale de Musique de Paris où je termine actuellement mes études, et mes coordonnées ont été transmises à l’Ensemble intercontemporain. C’est ainsi que j’ai pu auditionner pour Pinocchio. J’étais ravie, bien sûr, mais je n’avais jamais chanté de contemporain auparavant. Un vrai dépaysement ! Je ne l’ai pas caché, d’ailleurs. Je ne savais pas du tout ce qui allait se passer. Finalement, j’ai tenté le tout pour le tout : j’ai essayé de faire au mieux, en suivant les indications qui m’étaient données. Je me suis laissée guider par mon intuition, tout simplement. La découverte de la partition m’a beaucoup aidée : je me suis en effet beaucoup amusée en la travaillant. Sans forcément parler de vocation, j’ai découvert que j’ai un tempérament qui semble convenir à la musique contemporaine, du moins à celle de Lucia Ronchetti… Bref, c’est une excellente expérience, qui me donne très envie de continuer dans une voie plus contemporaine que ce que j’ai fait jusqu’à présent.

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 Que voulez-vous dire par « j’ai un tempérament qui semble convenir à cette musique » ?

C’est très intuitif, très théâtral. Lucia me laisse une grande liberté (encadrée, bien sûr). Je me sens à l’aise dans ce travail. Je crois qu’il faut, pour cette musique, savoir faire parler son petit grain de folie, oser, se donner à fond. J’ai vraiment aimé cette partition et ce personnage, ce petit enfant surexcité, qui découvre la vie, saute dans tous les sens, passe constamment du coq à l’âne. Ce Pinocchio est très amusant à interpréter. D’autant plus que, si je suis la seule chanteuse, je ne suis pas seule en scène : les solistes de l’EIC qui m’entourent incarnent également des personnages, soit « musicalement », soit en parlant, et toujours avec une présence scénique phénoménale. Pour ne citer que quelques-unes de leurs interventions : le corniste Jens MacManama est le bonimenteur du cirque (un rôle parlé), le contrebassiste Nicolas Crosse est un Stromboli très engagé, le percussionniste Gilles Durot incarne Gepetto, Eric-Maria Couturier est le grillon au violoncelle et l’un des assassins est joué par Diego Tosi au violon.

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Comment se déroule le travail avec la compositrice, Lucia Ronchetti ?

C’est génial ! On peut discuter de la partition, et même la modifier si besoin. C’est un échange entre elle et nous. Lucia garde en effet une grande souplesse vis-à-vis de ce qu’elle a écrit. Le but étant que le texte soit compréhensible, afin que des enfants puissent suivre le spectacle, nous avons par exemple revu certains passages écrits dans le suraigu dont le sens se perdait… Ce travail vocal est très intéressant, diversifié et une nouveauté pour moi.

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Vous le disiez à l’instant, ce spectacle est destiné à un jeune public : comment cela se manifeste-t-il ?

Je ne peux pas trop en parler, parce que l’aspect pédagogique est encore en train d’évoluer — afin de ne pas sacrifier la fluidité du spectacle. Mais, pour donner un exemple, les enfants (du moins ceux qui assisteront aux représentations scolaires) chanteront notamment une petite mélodie spécifiquement écrite par Lucia, et travaillée en amont avec leurs professeurs.

Concernant le livret et la partition, je les trouve accessibles pour les enfants mais aussi très intéressants pour les adultes qui les accompagneront. La traduction du texte de Collodi a été revue et actualisée et les scènes retenues ont été choisies pour donner autre chose à voir aux enfants que ce qu’ils connaissent déjà du film de Disney. Le livret et la mise en espace de Matthieu Roy mettent l’histoire au goût du jour, tout en soulevant d’autres sujets, comme la sortie de l’enfance et la crise de l’adolescence.

Quant à la musique de Lucia, avec ses nombreuses références, tant au répertoire (Debussy, Monteverdi) qu’aux sons plus « quotidiens » (le cirque), je la trouve très judicieuse pour planter le décor, captiver l’attention des enfants et elle favorise l’enchainement rapide des actions.

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Photos © EIC

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