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Souvenir de création. Odile Auboin, alto.

par Jéremie Szpirglas, le 24/11/16

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À l’occasion des 40 ans de l’Ensemble intercontemporain en 2016-17, nous avons demandé à chaque soliste de nous faire part d’un souvenir marquant de création. Odile Auboin, altiste, qui a rejoint l’Ensemble en 1995, livre aujourd’hui son « souvenir de création ». 

> Création de la version pour alto d’Anthèmes, de Pierre Boulez, le 16 juillet 2006 dans le cadre du festival d’Avignon. <

Jusque-là, les rencontres entre Pierre Boulez et l’alto avaient été très riches – en témoignent Le Marteau sans maître ou Éclat/Multiples –, mais n’avaient jamais donné naissance à une pièce solo. À la demande du festival d’Avignon, il avait accepté de présenter Anthèmes en version pour alto. Pour moi, c’était une grande joie, mais j’appréhendais le gigantesque défi que cela représentait. C’était un mois d’été très chaud à Aix-en-Provence et nous avons fait ensemble d’intensives séances de travail, au cours desquelles j’ai retrouvé toutes ses qualités de pédagogue subtil et sa profonde humanité.

Quand j’y repense, trois mots me viennent à l’esprit. D’abord, la discipline : il avait une grande exigence de précision et il recherchait en permanence la perfection au service du texte. Ensuite, la confiance : il était parfaitement conscient de la haute virtuosité de la pièce, mais faisait pleinement confiance au musicien pour résoudre ces difficultés. Il donnait des clefs, puis laissait faire. La disponibilité, enfin : il a passé beaucoup de temps à m’expliquer les figures musicales les plus caractéristiques de la pièce. Il me parlait de diverses émotions (colère, indifférence…), et m’expliquait comment me les approprier en musique pour les interpréter et les transmettre au public. Il lui avait également été demandé de faire un atelier de présentation de la pièce avant le concert, ce qui a fait l’objet d’une préparation minutieuse de sa part. Rien n’avait été laissé au hasard. Il avait noté toutes les explications et nous avions travaillé ensemble des extraits musicaux illustratifs. Au cours de l’atelier, j’ai senti à quel point il était capable de se mettre à la portée du public, n’importe quel public. Du néophyte au plus averti, chacun y trouvait son compte ! Un grand moment, qui m’a donné des ailes.

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