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Souvenir de création. Jens McManama, corniste.

par Jéremie Szpirglas, le 29/12/16

À l’occasion des 40 ans de l’Ensemble intercontemporain en 2016-17, nous avons demandé à chaque soliste de nous faire part d’un souvenir marquant de création. Jens McManama, corniste, l’un des tous premiers solistes à avoir rejoint l’EIC en 1979, livre aujourd’hui son récent « souvenir de création », souvenir d’une rencontre. 

> Création de within his bending sickle’s compass come (2014-2015) de David Fulmer, pour cor solo et ensemble, le 21 avril 2015, à la Cité de la musique-Philharmonie de Paris. <

La première fois que j’ai rencontré David Fulmer, c’était à la Julliard School de New York, où je dirigeais les répétitions du Triple Duo d’Elliott Carter. Son jeu de violon, dans cette partition excessivement virtuose, était impressionnant ! Quelle n’a pas été ma surprise lorsque je le recroisais quelque temps plus tard à l’Ensemble intercontemporain, candidat au poste de chef assistant ! Nous avons alors eu une longue et passionnante discussion à propos de musique, d’interprétation et de direction, avant qu’il ne rentre chez lui à Los Angeles.

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Nouveau choc lorsque j’ai entendu dire que l’Ensemble intercontemporain allait lui passer commande, et qu’il avait émis le vœu de composer un concerto pour cor (photo ci-dessus), spécifiquement pour moi. Malgré le grand respect que j’avais pour David en tant que violoniste et chef, la composition est une toute autre affaire, et j’avoue que j’étais dubitatif. J’ai donc été abasourdi lorsque j’ai reçu la partition ; j’y ai immédiatement reconnu un intérêt musical indéniable et identifié les nombreux défis instrumentaux qu’elle soulevait. Pour ne donner qu’un exemple, il y a si peu de silence et tant de notes, qu’il m’est physiquement impossible de tourner les pages. Après réflexion, j’ai proposé d’utiliser un écran électronique, avec une pédale pour contrôler le défilement de la partition. J’ai également suggéré quatre sourdines de timbres différents, que David n’a entendues que deux jours avant la création, mais qu’il a tout de suite acceptées avec enthousiasme.

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Nous avons, lui et moi, passé de nombreuses heures à finaliser l’exécution de l’œuvre et, là encore, j’ai été touché par sa sensibilité musicale et le respect mutuel que nous partagions. Après avoir fait l’expérience de son talent en tant que violoniste, chef et compositeur, je n’aurais pas dû m’étonner de ses aptitudes en tant que directeur artistique lors de la session d’enregistrement que nous avons réalisée après le concert. Là encore, David n’était pas seulement compétent : ce fut en grande partie grâce à lui si nous avons pu terminer l’enregistrement en seulement quatre-vingt-dix minutes, ce qui émerveilla tout le monde. En presque quarante ans à l’Ensemble intercontemporain, ce fut l’une de mes expériences de création les plus intéressantes. J’ai rarement eu l’occasion de rencontrer un jeune compositeur aussi talentueux et aussi humble que David Fulmer, l’homme aux quatre casquettes !

Photos (de haut en bas) : 1 © Aymeric Warmé-Janville / 2-3 Luc Hossepied pour l’Ensemble intercontemporain

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