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Souvenir de création. Eric-Maria Couturier, violoncelliste.

par Jéremie Szpirglas, le 25/11/16

À l’occasion des 40 ans de l’Ensemble intercontemporain en 2016-17, nous avons demandé à chaque soliste de nous faire part d’un souvenir marquant de création. C’est Eric-Maria Couturier, violoncelliste, qui a rejoint l’EIC en 2002,  qui livre aujourd’hui ses deux souvenirs de création.   

> Pression (1970) d’Helmut Lachenmann, et ?Corporel, pour un percussionniste et son corps (1985) de Vinko Globokar. < 

En musique classique comme en musique contemporaine, le musicien est très attaché à la sensation que la partition peut avoir sur lui, sur son corps et sur le ressenti instrumental. Je voudrais parler de Pression de Helmut Lachenmann, et de ?Corporel de Vinko Globokar. Si je n’en ai pas donné les premières mondiales, il y a eu, dans tous les cas, une première pour moi. J’admire ces hommes pour leurs convictions, ainsi que pour leur attachement aux maîtres qui ont marqué le XXe siècle comme Ligeti, Stockhausen ou Boulez.

Lachenmann et Globokar ont su se démarquer en trouvant un langage qui aille au-delà de l’imagination. On est, encore aujourd’hui, étonné d’étudier ces partitions et de se trouver sur le seuil d’un autre monde. J’ai eu l’occasion à plusieurs reprises de jouer et de donner des cours sur ces pièces, mais, à chaque fois que je la retravaille personnellement, je repars de zéro pour retrouver la source de l’inspiration du compositeur, l’essence du geste, cette présence forte sans exubérance, mais au contraire toute en intensité et concision.

 Pression d’Helmut Lachenmann

J’aime la pédagogie de Lachenmann. Par sa gentillesse, il porte avec sensualité chaque note bruitée, chaque souffle, lesquels ne sont jamais maniérés, mais ressentis comme naturels. Ces gestes faits de silences et d’enchaînements sont portés à la manière d’un kata d’art martial et donnent le sentiment d’un temps qui ralentit. J’aime la dimension théâtrale et tragique de ?Corporel de Globokar. La pièce agit sur le ressenti du public en exerçant toutes sortes d’appuis sur le corps, comprimé jusqu’à ne plus pouvoir produire une voyelle. Le personnage est en quête d’une liberté absolument contrainte. C’est aussi une manière de communiquer avec ce public qui ne peut qu’observer et ressentir. À chaque fois que ces pièces sont reprises, l’investissement est totalement remis en jeu. Le moment du concert joue sur l’acquis mais pas l’entraînement. Grâce à Pierre Boulez, nous avons appris à nous confronter à nos limites pour toujours les repousser. Chaque interprétation doit tenter d’être meilleure que la précédente. Avec ce que nous apprenons tous les jours, ce que nous tenons de nos maîtres, à nous de définir un futur dans lequel l’écoute prédomine plus encore !

 ?Corporel de Vinko Globokar

Photos (de haut en bas) : 1 © Franck Ferville / 2-3 © Luc Hossepied pour l’Ensemble intercontemporain

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