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Côté Corée. Entretien avec Hae-Sun Kang, violoniste.

par Jéremie Szpirglas, le 30/09/16

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Du 26 au 28 octobre 2016 l’EIC conclura sa tournée en Asie par une série de concerts et d’activités pédagogiques en Corée du Sud. Entretien avec Hae-Sun Kang, violoniste à l’Ensemble, originaire du « Pays du matin calme ». 

Hae-Sun, que représente pour vous cette tournée en Corée du Sud ?

C’est une grande première ! C’est en effet la première fois que je vais en Corée avec l’Ensemble intercontemporain — et pour cause, c’est la première visite de l’EIC dans ce pays. Pour moi, c’est un honneur et une immense responsabilité. En Corée, comme dans quelques autres pays, règne encore une idée fausse et néanmoins tenace : celle qui voudrait que les musiciens qui interprètent la musique contemporaine le font parce qu’ils sont moins bons que les autres et qu’ils ne savent pas jouer autre chose. Je donne régulièrement des interviews à des journalistes coréens, et cette question revient sans cesse : je dois toujours démentir. L’une des premières responsabilités pour moi au cours de cette tournée sera donc de montrer ce que signifie bien jouer les musiques d’aujourd’hui, qu’il est inadmissible de mal les jouer, et que de bons musiciens existent qui les interprètent avec un grand sens professionnel et musical. C’est absolument essentiel.

D’autre part, la scène musicale coréenne est restée assez classique, même si on constate ces dernières années l’apparition de quelques rendez-vous de musique contemporaine. Le public tout comme les musiciens coréens attendent donc beaucoup de nous : ils veulent découvrir notre répertoire et notre savoir-faire.

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Tongyeong International Music Foundation

Vous n’êtes pas seulement ambassadrice de cette musique auprès du public coréen, mais aussi ambassadrice de la Corée au sein même de l’Ensemble intercontemporain : que ferez-vous découvrir de la vie coréenne à vos collègues solistes ?

Outre la vie culturelle, j’aimerais surtout partager avec eux tout ce qui a trait à l’art de vivre coréen. Certains y sont déjà allés, mais beaucoup ne connaissent pas. Or la Corée est très différente des autres pays de la région (Japon, Chine, etc.) : c’est un pays à part. Lorsqu’on veut trouver un point de comparaison avec l’Europe, c’est souvent à l’Italie qu’on la compare. Il y règne en effet quelque chose de très méditerranéen, voire latin : la fantaisie, le cœur, la chaleur humaine, la spontanéité. Les coréens sont très accueillants, ouverts à l’autre, et j’espère que mes collègues pourront en profiter.

Cet esprit se retrouve d’ailleurs dans les assiettes. La gastronomie coréenne est bien plus vaste que le petit échantillon qu’on peut goûter en France et c’est, là encore, une cuisine très relevée, qui présente de nombreuses similitudes avec celles de l’Italie ou de la Provence et, plus largement, de la Méditerranée : beaucoup d’ail et de piments, de mélanges de poissons et de viandes.

Au reste, cette exception coréenne se retrouve également dans ses musiques traditionnelles, qui sont passionnantes. Si elles présentent quelques familiarités avec celles de Chine ou du Japon, on ne pourrait pas les confondre.

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Revenons à la musique. Unsuk Chin est la compositrice coréenne la plus connue et reconnue aujourd’hui, notamment en Europe où elle réside depuis longtemps. Elle pourrait apparaître comme « l’arbre qui cache la forêt ». Mais à quoi ressemble cette forêt ?

J’habite Paris et j’ai rarement l’occasion de séjourner en Corée. J’y vais une fois par an pour me produire en soliste mais j’y reste trop peu de temps pour apprendre à connaître la scène artistique foisonnante qui s’y développe. Je vois nombre de compositeurs qui mériteraient d’être connus, mais j’aurais du mal à analyser les lignes de force. J’attends justement de cette tournée d’en découvrir davantage.

Le fait est que la relative méconnaissance dans laquelle se trouve le reste du monde eu égard à la création musicale coréenne tient également à l’histoire récente de ce pays, de la fin du second conflit mondiale à aujourd’hui. Depuis une vingtaine d’années, la liberté de circulation s’améliore et de nombreux talents éclosent, rayonnant bien au-delà du territoire coréen. On l’observe dans tous les domaines artistiques : le cinéma, par exemple, qui remporte un très grand succès aujourd’hui à l’international, mais aussi la peinture et la littérature… sans parler de la musique, bien entendu.

Photos (de haut en bas) : © Franck Ferville / DR / © EIC

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