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40 ans !

par Matthias Pintscher, le 29/08/16

 

40 ans. Le destin a voulu qu’à quelques mois près, la célébration de l’anniversaire de l’Ensemble coïncide avec le moment où Pierre Boulez (photo ci-dessous) nous a quittés. Indéniablement, sa disparition nous projette dans une nouvelle phase de notre histoire même si nous avons déjà amorcé le changement et le renouvellement que Pierre Boulez appelait de ses vœux. Son désir le plus vif a toujours été d’aller de l’avant, de faire bouger les lignes, de découvrir et d’investir dans de nouvelles opportunités. Lorsqu’il m’a demandé, il y a quelques années, de prendre la direction artistique de l’Ensemble, je me souviens de ses propos : « Surtout, ne regardez pas en arrière, soyez audacieux, utilisez au mieux les merveilleuses ressources des musiciens et proposez des choses nouvelles. »

Pierre Boulez était extrêmement rigoureux dans son travail de compositeur et dans son engagement en tant qu’interprète. En même temps, il était prêt à se lancer dans des projets totalement inédits et risqués. Une des grandes leçons que j’ai apprise à ses côtés, c’est que l’on n’est jamais en sécurité : lorsqu’on passe commande à un jeune compositeur, ou qu’on lance la carrière d’un jeune chef d’orchestre, on ne sait jamais ce qui va advenir, et c’est précisément ce qui rend l’aventure si nécessaire et aussi excitante.

 

 

Les 40 ans sont pour nous une merveilleuse opportunité de montrer au public notre trajectoire : voilà où nous sommes maintenant, regardez d’où nous venons, notre héritage, et voyez vers où nous nous dirigeons. Pierre Boulez parlait souvent de l’architecture du musée Guggenheim à New York, où les œuvres sont accrochées dans les espaces distribués autour d’une grande rampe en spirale. Pour le visiteur, les trois dimensions du temps coexistent : à un point donné de la visite, il est dans le « présent ». Il regarde derrière lui et il peut voir le « passé ». Devant lui, il aperçoit le « futur » vers lequel il doit maintenant progresser.

On retrouvera ces dimensions dans les trois concerts constituant le point culminant des 40 ans de l’Ensemble en mars 2017.

L’héritage de notre histoire se manifestera dans le concert en hommage à Pierre Boulez le 18 mars, et dans lequel l’un de ses chefs-d’œuvre, sur Incises, dialoguera avec des œuvres de deux fondateurs de la modernité musicale, Anton Webern et Arnold Schönberg.

Le futur, ce sera le projet « Genesis », le 30 mars,  pour lequel j’ai commandé à sept compositeurs une nouvelle œuvre sur l’un des sept jours de la création selon la Genèse.

Et le présent, ce sera cette grande soirée festive, le 17 mars, avec son programme en quatre « livres » musicaux – un pour chaque décennie –, que les solistes de l’Ensemble ont élaborés avec une passion et une inspiration éclatantes.

 

12-DSC_9787-Matthias Pintscher_copyright Luc Hossepied

 

Le présent, voilà le grand enjeu : être dans le « now », le « maintenant »en prise avec le monde contemporain, tout en se projetant dans le futur grâce aux compositeurs à qui nous passons des commandes. Nous remercions ceux qui nous y aident comme la Fondation Meyer qui nous soutiendra, à partir de cette saison, pour commander et diffuser une œuvre par an. Il nous incombe d’élargir le champ de nos activités, d’aller toujours davantage vers les publics, de cultiver leur curiosité et leur goût pour l’art musical.

Il est aujourd’hui souvent question des stratégies à déployer pour permettre à la musique dite contemporaine de trouver un nouveau public. Ma réponse à cela est qu’il suffit peut-être tout simplement d’ouvrir grand les portes et les fenêtres et de laisser les choses se produire. Notre devoir est de présenter un large panorama de la musique d’aujourd’hui, mais aussi du passé proche ou plus lointain.

 

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En tant que directeur musical de l’Ensemble, je fais tout mon possible pour maintenir les portes grandes ouvertes, que cela soit de l’intérieur, pour que nous soyons capables d’aller dans des directions très diverses, mais aussi de l’extérieur, pour permettre à davantage de spectateurs de nous suivre. L’an passé, avec « Turbulences Numériques » (photo ci-dessous), un tout nouveau public est venu vers nous, et certains spectateurs sont revenus ensuite voir d’autres concerts. Cette saison, la production réalisée avec le musicien américain Bryce Dessner, le 24 septembre à la Philharmonie de Paris,  amènera certainement de nouveaux auditeurs à s’intéresser à nos activités.

 

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Même lorsque nous présentons des concerts « exotiques » avec des œuvres peu connues et peu jouées, le public est suffisamment curieux pour venir. Depuis 40 ans, nous travaillons à l’emmener ailleurs avec des programmes conçus avec passion et exigence et il nous accorde sa confiance pour le surprendre, nous accompagnant sur les chemins de la création. C’est pour nous le plus beau des cadeaux d’anniversaire et nous espérons que cette nouvelle saison apportera à chacun une part de rêve et de joie.

 

 

Photos (de haut en bas) : Matthias Pintscher © Franck Ferville ; 2-Pierre Boulez, 2006 © Aymeric Warmé-Janville ; 3-6 © Luc Hossepied pour l’Ensemble intercontemporain.

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