EntretiensVoir tous les articles de cette rubrique

Portrait ManiFeste 1/6. Silvia Pepe, compositrice de l’instant.

par Jéremie Szpirglas, le 13/06/16

Organisé par l’Ircam, l’Académie du festival ManiFeste offre chaque année à de jeunes compositeurs venus du monde entier la chance de travailler avec l’Ensemble intercontemporain, ensemble associé de l’Académie. Du 15 juin au 1er juillet, date des concerts de sortie d’atelier, nous vous proposons d’aller à la rencontre de six d’entre eux,, qui participent soit à l’atelier de composition pour ensemble dirigé (sous la direction musicale de Julien Leroy), soit à celui de composition de musique de chambre, placés respectivement sous la conduite des compositeurs Philippe Leroux et Rebecca Saunders. Premier entretien avec la jeune italienne Silvia Pepe (atelier de musique de chambre) qui se définit volontiers comme une compositrice de l’instant…

Silvia Pepe, vous n’êtes pas simplement compositrice, mais également chanteuse et organiste. Cela influence t-il votre manière de composer ?

Cette situation peut paraître étrange, mais elle est en réalité très intéressante, même si elle n’est pas sans poser quelques problèmes. Écrire pour la voix a ainsi longtemps été problématique, justement parce que — et je sais que ça peut paraître paradoxal — je ne connais que trop les infinies potentialités de la voix humaine, et je me sentais entravée par le poids du répertoire traditionnel. Aujourd’hui, néanmoins, je recommence à écrire pour la voix, après avoir trouvé une approche de l’écriture vocale qui m’est propre. Concernant l’orgue, en jouer m’a beaucoup appris en termes d’orchestration et de stratification des parties. 

 

 

Radix-Scapes, AveNoir, Controterra, Airain Déluge Feu, Parole Orage : vos titres sont souvent énigmatiques, et ressemblent à des sortes de mots-valises : que représentent-ils pour vous ?

Bien souvent, mes titres sont composés de deux voire trois mots liés, d’une manière ou d’une autre, à la signification profonde de la pièce ou à son sens caché, et fondus les uns aux autres afin de convoquer des interprétations ambivalentes du contenu musical. S’ils semblent de simples jeux de mots, la clef pour les comprendre réside davantage dans une vision décalée, transversale : celle du « son » des mots (la prononciation du titre), qui agit comme un liant entre les diverses strates compositionnelles de la pièce : la couche supérieure est très instinctive (« ce que je veux entendre ») et c’est aussi la première réaction « épidermique » à l’écoute de la pièce ; les autres strates sont plus symboliques, voire magiques ; moins externalisées et immédiatement perceptibles que le son lui-même, elles sont le point de départ de ma pensée musicale. Plus qu’un catalogue de pièces « bien structurées », je vois ma musique comme un voyage fractionné à travers mon esprit.

Pouvez-vous nous dire quelques mots de La vitesse de la lumière rouge (photo ci-dessus) pour cinq musiciens, la nouvelle œuvre sur laquelle vous travaillez dans le cadre de cet atelier de l’Académie ManiFeste ?

La pièce s’inspire de l’installation The key in the hand de l’artiste japonais Chiharu Shiota (photo ci-dessous /DR), présenté dans le cadre de la Biennale de Venise en 2015. Après avoir noté quelques esquisses graphiques de sons et de gestes timbraux, j’ai associé des événements de ma vie personnelle aux « mémoires » que cette installation réveille, passée l’impression première de sa texture écarlate. Le piano incarne ici la barque échouée, centre symbolique de l’installation, et les autres instruments, graves mais rayonnant de lumières, tendent cette infinité de fils rouges qui relient la multitude des clefs aux mémoires sensorielles collectées et rappelées par l’œuvre de Shiota. Mon propre souvenir est celui de la lumière rouge de voitures passant rapidement : c’est le sujet de la toute première photo que j’aie prise. C’est un souvenir flou, mais je me souviens comme si c’était hier de la sensation d’appuyer sur le déclencheur, pour capter cet instant. J’ai donc travaillé sur différents degrés de pression : de l’archet, des doigts, de la respiration.

Au cours de cet atelier, je me concentrerai sur l’équilibre des dynamiques au sein de l’ensemble. Il se trouve en effet que le type d’écriture auquel j’ai recours nécessite un équilibre fragile et instable qu’il est toujours bon d’évaluer en situation.

3-illustration 1

    Mots-clefs :,


    articles récents

    Joyeux anniversaire !

    par Matthias Pintscher, le 06/03/17

    Morton Feldman : Rothko Chapel.

    par Michael Ertzscheid, le 21/02/17

    De l’œil à l’oreille…

    par Matthias Pintscher, le 30/01/17

    sonic eclipse. Reportage vidéo.

    par Jérémie Schellaert, le 13/01/17


    diversVoir tous les articles de cette rubrique