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Hans Werner Henze. Théâtres de l’imaginaire.

par Jéremie Szpirglas, le 16/03/16

Hans Werner

Personnalité  flamboyante et multiple, Hans Werner Henze fut un artiste en prise directe avec la réalité de son temps. Né en 1926, sa jeunesse est profondément marquée par la violence des années sombres du nazisme et de la seconde guerre mondiale. Épris de l’idéal socialiste, il sera toute sa vie un artiste résolument engagé, et ce militantisme politique se manifestera jusque dans son œuvre musicale — que ce soit par les sujets abordés ou par les formats choisis : il est par exemple l’auteur d’œuvres pédagogiques destinées à la sensibilisation de nouveaux publics à la musique contemporaine. L’atmosphère politique dans l’Allemagne de l’après-guerre, et le regard désapprobateur de la société sur son homosexualité, le poussent à s’installer en Italie. C’est à Montepulciano, au cœur du vignoble toscan, qu’il passera l’essentiel de sa vie. Il y organise un festival où il invite de jeunes talents qu’il a découverts pour les soutenir (parmi lesquels figure Matthias Pintscher), et travaille à une œuvre d’une diversité et d’une envergure rares. Est-ce le fait de l’exil, ou de son penchant naturel ? Toujours est-il qu’il sera dès lors plus européen qu’allemand, réalisant dans sa musique une forme contemporaine de ces « Goûts réunis » chers à Couperin — mêlant lyrisme et héritage sériel, polytonalité et polystylistique dans une approche résolument dégagée de la composition et de la modernité, en marge des grands courants de l’avant-garde de l’après-guerre.

Cet esprit exalté, qui aspire à la révolution, n’en demeure pas moins un grand amoureux des formes et des instruments des répertoires renaissance, baroque et classique, qu’il revisite avec une inspiration prodigieuse et toujours renouvelée. Prolifique dans le domaine lyrique, dont il ne cesse de réinventer les codes, et sollicité par de grands cinéastes comme Volker Schlöndorff et Alain Resnais, c’est aussi un passionné de littérature, dans toutes les langues et de toutes les époques.

En témoigne ce deuxième Théâtre imaginaire qu’interprétera l’Ensemble intercontemporain le 23 mars à la Philharmonie de Paris, pour lequel Henze s’inspire du Miracle de la rose, de Jean Genet — avec lequel il partage, du reste, de nombreux traits de caractère et engagements politiques. Dans ce roman d’inspiration autobiographique censuré à sa sortie en 1946, Genet transfigure son expérience carcérale en même temps que ses premières amours, placées sous le signe de la captivité et de la violence. Si l’élégance verbale de Genet, où le classicisme de la langue se heurte à la crudité des situations, a indubitablement séduit le compositeur, celui-ci prend le parti de ne pas faire entendre le texte et transpose tout le contenu poétique au monde instrumental. Au reste, le terme « théâtre » est choisi à dessein, puisque le compositeur confie à certains instruments de l’ensemble le rôle de quelques protagonistes : c’est ainsi la clarinette soliste qui « incarne » le condamné à mort à la beauté sublime, ce condamné qu’il avait déjà si bien chanté dans son fameux poème de 1942, sous les traits de l’« assassin si beau qu’il fait pâlir le jour ».

Extrait musical : Le miracle de la rose

Ensemble Modern / Hans Deinzer, clarinette / Hans Werner Henze, direction / Harmonia Mundi, 1991

 

Photo : © Ullstein – Getty Images

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