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Présence. Entretien avec Aurelio Edler-Copes, compositeur

par Jéremie Szpirglas, le 25/01/16

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Le 22 février prochain au Wigmore Hall de  Londres, les solistes de l’Ensemble créeront PRESENCE pour deux pianos et deux percussions du jeune compositeur brésilien Aurelio Edler-Copes.  Entretien avec un créateur aux influences multiples qui a commencé par la guitare électrique, passant du rock progressif au rock instrumental et au jazz fusion, pour s’intéresser ensuite à la musique indienne traditionnelle et à la musique ancienne, avant de trouver dans la « musique contemporaine » son véritable champ d’expression.

Aurelio Edler-Copes, vous venez du Brésil, mais vous avez aussi étudié en Espagne, en Suisse et en France. Que retenez-vous de chaque étape de ce périple, et de chaque histoire musicale visitée ?

Du Brésil, je retiens l’éclectisme qui constituait ma pratique musicale à l’époque, mes études supérieures en guitare classique avec Daniel Wolff et mes premières expériences compositionnelles en tant qu’autodidacte. Du Pays Basque espagnol, je retiens surtout la rencontre avec Gabriel Erkoreka, mon premier professeur de composition, fondamentale dans mon parcours, mais également l’immersion dans l’étude de la musique et de l’art contemporain ainsi que les visites régulières au Musée Guggenheim de Bilbao (l’œuvre et la pensée de Kandinsky, Malevich, Pollock, Rothko, Brancusi, Miró, Chillida, Oteiza ou Bill Viola ont été et restent encore des références fondamentales). À Berne, ce qui m’a marqué fut surtout la rencontre avec Georges Aperghis — une rencontre non seulement musicale, mais aussi artistique et humaine. Les discussions avec lui sont toujours très ouvertes et m’inspirent chaque fois pour aller plus loin dans mes propositions artistiques. Sa façon constructive de travailler avec les musiciens a également eut une forte résonance avec ma propre façon d’aborder la relation avec les interprètes. À cet égard, les expérimentations musicales avec les instrumentistes qui participaient au cursus m’ont permis de grandes avancées dans le domaine de l’écriture.

L’arrivée à Paris a représenté une mise en perspective de mon travail. L’année passée à l’Ircam fut un des moments les plus intenses de mes études, j’ai pu m’immerger dans la musique électronique, ce qui fut décisif pour la suite. Je dois mentionner également les résidences à l’Académie d’Espagne à Rome et à la Casa de Velázquez à Madrid, d’une part pour le temps consacré à la réflexion et à l’écriture et, d’autre part, pour la richesse des échanges avec des artistes d’autres disciplines, qui m’ont ouvert énormément de perspectives.

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En parlant d’Aperghis, vous avez à votre catalogue quelques « spectacles musicaux ».  Quelle est votre démarche dans ce domaine ?

J’aspire à créer des œuvres musicales susceptibles d’être présentées dans un format autre que le concert conventionnel et, si possible, en transversalité avec d’autres formes artistiques, mon travail trouvant souvent sa source dans les arts visuels, la littérature, etc. Par conséquent plusieurs de mes pièces intègrent à tout le moins une mise en espace/lumière. Aujourd’hui, l’électronique et l’image prennent également une place de plus en plus importante dans ma production.

Que représentent vos titres (celui de Como el Aire, qu’a joué l’Ensemble le 4 décembre 2015 à la Cité de la musique, semblait si parfaitement approprié) ? Quand arrivent-ils dans le processus compositionnel ?

Pour moi les titres sont le moteur, le point de départ de chaque nouvelle composition — le choix de la langue correspondant à la source conceptuelle de la nouvelle pièce. Mes titres fonctionnent comme une espèce de mantra, car ils sont en général assez synthétiques mais aussi chargés de signification. Je ne suis pas partisan des notes de programme, même de la main du compositeur, car elles réduisent selon moi l’expérience de l’écoute en la conditionnant. Un titre, en revanche, peut suggérer un concept, une image, une énergie, tout en nous invitant à l’écoute avec un minimum d’a priori.

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Quel est le projet de PRESENCE, commande de l’Ensemble intercontemporain ?

La pièce se compose de deux mouvements — I. Nowhere ; II. Everywhere —, au cours desquels j’interroge le concept de présence sous plusieurs angles : la dualité présence/absence ; le caractère physique que suggère le terme, et qui est fondamental dans mon écriture ; le terme presence (anglais) qui traduit le niveau de « brillance » du son sur les amplificateurs de guitare électrique, par exemple.

Les processus de composition utilisés sont en rapport étroit avec les processus de manipulation et de reproduction mécanique du son. Ainsi, des procédures comme play, stop, pause, reverse, rewind, fast forward, speed variations, freeze, scratch, loop, sont la base de toute l’écriture instrumentale du quatuor.

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