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Un rêve d’enfant. Entretien avec John Stulz, altiste.

par Jéremie Szpirglas, le 04/01/16

Stulz_John-2©Franck Ferville

Depuis le début de la saison en cours l’Ensemble a une nouvelle recrue : John Stulz, altiste. Portrait en trois questions de ce  jeune musicien américain, enthousiaste et plein d’appétit pour la création musicale.  

Qu’est-ce qui vous a poussé à intégrer l’Ensemble intercontemporain ?

Enfant, je rêvais déjà de jouer avec un ensemble comme celui-là. Et plus particulièrement l’Ensemble intercontemporain, qui est pour moi l’un des meilleurs dans son domaine et qui, de surcroit, est un éminent représentant d’une musique française qui m’est chère. Très tôt, j’ai aimé et étudié le répertoire contemporain. Adolescent, j’aimais déjà beaucoup les musiques de Boulez, Berio, Ligeti, Xenakis, et je m’essayais déjà à jouer certaines de leurs pièces. Pour la petite histoire, à 16 ans, j’ai passé de courtes vacances à Paris avec mon père et l’un de mes plus grands souvenirs de ce séjour est le concert de l’Ensemble intercontemporain que nous avons entendu à la Cité de la Musique. Puis, il y a deux ans, j’ai rencontré Matthias Pintscher à New York, où j’habitais. J’ai joué pour lui et nous avons parlé de tous ces ensembles consacrés à la musique contemporaine, notamment en Europe et en France. Il n’existe aux Etats-Unis aucune formation équivalente, qui permette de se consacrer exclusivement à ce répertoire et d’en faire une carrière. L’année suivante, Matthias m’a écrit pour me signaler que le Klangforum Wien cherchait un altiste — grâce à quoi j’ai beaucoup joué avec cette formation. Et quand il m’a parlé de ce concours d’altiste à l’Ensemble intercontemporain, j’ai su que c’était une opportunité qu’il me fallait saisir immédiatement.

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Comment s’intègre-t-on dans un ensemble comme celui-ci, qui a un son bien à lui, une approche singulière du répertoire, en même temps qu’un vaste héritage musical ?

C’est un processus assez complexe et, en même temps, très naturel. Aussitôt arrivé, j’ai été propulsé au cœur de l’action, j’ai du préparer des programmes entiers. Depuis le début, j’ai le sentiment d’être une véritable éponge : je suis très attentif à tout ce qui me vient des autres musiciens, des chefs et des compositeurs, et j’absorbe tout ce que je peux ! Heureusement, je ne pars pas de zéro. D’abord, j’ai une expérience non négligeable de ce répertoire, que j’ai pratiqué au sein d’autres ensembles, notamment l’ensemble new-yorkais Talea ou le Klangforum Wien. Ensuite, j’ai eu la chance d’étudier pendant un semestre avec Garth Knox, qui a occupé le même poste que moi aujourd’hui, et grâce auquel j’ai pu avoir un petit aperçu de cette tradition. Car, si chaque ensemble a son style propre, aucun n’a une histoire comparable à celle de l’Ensemble intercontemporain, et c’est peut-être ce qu’il y a de plus intimidant !

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Qu’attendez-vous de cette nouvelle expérience ?

En tant qu’américain, je suis très excité de prendre part à un environnement culturel différent et de travailler avec tous ces compositeurs que l’on entend trop peu outre-Atlantique. L’une des grandes différences avec ce que j’ai pu connaître aux Etats-Unis, c’est qu’on peut, avec l’Ensemble intercontemporain, monter chaque semaine un projet différent, un programme nouveau, et même une tournée — certainement parce que c’est un ensemble unique en son genre, soutenu par l’état. Aux Etats-Unis, il faut au minimum six mois de travail acharné pour monter un seul de ces projets ! Avec un engagement constant, pour obtenir des financements, trouver une salle, réunir les musiciens, organiser les répétitions, etc. Ici, les musiciens n’ont pas à se soucier de tous les à-côtés, que ce soit l’administration, la communication, ou la logistique. Nous pouvons nous concentrer sur la musique. Enfin, l’Ensemble intercontemporain, n’est pas seulement un groupe de musiciens réunis au sein d’un grand ensemble, mais ce sont aussi de grands solistes et des chambristes d’exception. L’approche de la production et de l’interprétation musicale y est donc profondément originale.

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Photos © Franck Ferville

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