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Link.C. Entretien avec Hermann Kolgen.

par Sebastien Lecordier, le 30/09/15

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C’est l’événement de la rentrée parisienne 2015-16 de l’Ensemble intercontemporain. Deux nouvelles soirées de Turbulences  numériques, organisées avec Nemo, la biennale internationale des arts numériques. Le programme explorera le rapport entre musique de création et arts numériques dans toutes leurs dimensions : visuelles, sonores, interactives, etc.  Notamment  au programme du Grand soir du 10 octobre, Link.C de l’artiste multidisciplinaire Herman Kolgen ; une création de 2014 conçue comme une performance audiovisuelle intégrant vidéo et musique, en l’occurence le Quatuor à cordes n°2 de Philip Glass.  

Herman Kolgen, pouvez-vous présenter Link. C ?

Link. C se présente sous la forme d’une performance audiovisuelle live. Les images sont projetées sur une toile immense. À ce dispositif visuel assez impressionnant est intégré un quatuor à cordes, auquel les images numériques que je génère répondent en temps réel. La source de la musique n’est pas cachée mais bien visible. Je pense qu’il est important que les spectateurs voient la musique en train de se faire, surtout pour de la musique contemporaine écrite.

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Que signifie ce titre ?

Au départ, j’ai souhaité travailler sur le Quatuor à cordes n°2, une pièce que Philip Glass a composée en 1982 à partir de Company, une nouvelle de Samuel Beckett. Je voulais initialement uniquement me laisser inspirer par la dynamique de la musique de Philip Glass, sans me rattacher au travail de Beckett. Mais finalement, j’ai fait des recoupements avec la nouvelle. Dans Company, un vieil homme en train de mourir se remémore les personnes qui lui ont été chères. J’ai souhaité transposer cela à notre époque. Les grandes villes sont souvent décrites comme impersonnelles, et les citadins comme des gens isolés, ne se regardant plus. Je trouve au contraire que l’on a des liens très forts avec une certaine communauté. Par ailleurs, les systèmes de communication font que nous pouvons aujourd’hui être connectés à beaucoup de gens, à travers le monde. « Link » (lien) signifie précisément toutes ces relations. Et j’ai tenu à laisser le « C » à la fin pour faire un clin d’œil à la nouvelle. En terme d’images, nous sommes dans une mégapole complexe que nous survolons.

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Link. C est une performance courte, dense. Comment est-elle composée ?

Link. C dure une dizaine de minutes et est composé de quatre mouvements d’environ 2’30 chacun. Ce qui, du point de vue de mon intervention à l’image, rend la pièce très dynamique. Je me suis emparé de cette énergie et j’ai décidé de travailler chaque mouvement de façon différente. Au départ, on ne voit pas la ville mais on ne perçoit que des lignes, des liens, dans un ensemble très graphique, abstrait. Ensuite ces lignes, ces traits commencent à dessiner un trafic urbain. C’est encore abstrait mais on discerne ce trafic. Le deuxième mouvement est très dynamique et plonge le spectateur dans l’hyperréalisme d’une mégapole. Celui-ci se retrouve dans une ville qui n’existe pas mais qui a toutes les caractéristiques d’une ville américaine comme New York ou Chicago. Tout en noir et blanc. Avec le troisième mouvement, nous revenons musicalement à une grande sensibilité et les images, repartant sur des abstractions et des lignes, évoquent la complexité des réseaux humains. Enfin, avec le quatrième et dernier mouvement, je retourne à la ville mais de manière beaucoup plus poétique, montrant les milliers de liens qui s’y sont tissés.

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 Vous nous avez parlé de la structure, de l’idée, de l’histoire. Mais avez-vous plus spécifiquement travaillé les événements musicaux présents dans le Quatuor à cordes n°2 ?

Absolument. J’ai transféré toute la dynamique de la pièce de Philip Glass en déroulement d’images, en vitesse, en élasticité. Ne pouvant pas intervenir au niveau de la musique, mais seulement au niveau des images, je me suis donc « collé » au plus près de la musique, travaillant sur la façon dont les images apparaissent. La sculpture cinétique fait partie de ce projet-là.

Comment travaillez-vous avec les musiciens qui jouent en live une partition très écrite ?

Normalement, je m’occupe également de la partie musicale et sonore. Mes fréquences et mes sons deviennent des matières à travailler, au même titre que mes images, pour ne former qu’un tout. En cela Link. C diffère de mes travaux habituels. Pour ce projet, je dois m’adapter aux musiciens et coller à la musique de Philip Glass. Je ne peux pas décider d’étirer tel ou tel son.

 

Photos : DR

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