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Retour sur la saison 2014-15 : Matthias Pintscher, directeur musical de l’Ensemble intercontemporain

par Jéremie Szpirglas, le 17/07/15

Matthias Pinstcher-1DEF©Franck Ferville

Après les solistes de l’Ensemble il était logique que ces retours sur la saison 2014-15 s’achèvent par celui de notre directeur musical Matthias Pintscher qui revient donc pour nous sur une année qui illustre remarquablement bien son ambitieux projet artistique.

 

Quelles ont été pour vous les expériences les plus mémorables de cette saison passée ?

L’expérience la plus forte a été la découverte de l’acoustique de la grande salle de la Philharmonie (photo ci-dessous) . Quel délice, que ce soit pour nous, mais aussi tous les musiciens qui auront la chance de s’y produire, et surtout pour tous les mélomanes ! C’est l’une des plus belles salles et l’une des meilleures acoustiques d’Europe : d’une grande transparence et d’une rare précision, alliées à une chaleur et une rondeur extrêmement agréables. On peut saisir le moindre détail, la moindre nuance — jusqu’au dernier rang du dernier balcon. C’est un phénomène rare qu’une salle de concert fonctionne si bien du point de vue acoustique. Comme pour toute nouvelle salle, quelques ajustements restent sans doute à faire, particulièrement pour la mettre pleinement au service de projets innovants.  Je suis certain que nous y arriverons.

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C’est aussi dans cette salle qu’ont eu lieu les deux principaux temps forts de cette dernière saison — et je crois que je parle là, non seulement pour moi, mais pour tous les solistes de l’Ensemble — : le premier étant le concert au cours duquel nous avons joué Amériques de Varèse (photo ci-dessous) et Pli selon Pli de Boulez avec les étudiants du Conservatoire de Paris, et le second étant, en juin, le concert Répons, cette œuvre qui est notre carte de visite et que personne d’autre au monde ne joue avec la même conviction, la précision, la même profondeur. Deux concerts qui se sont joués à guichet fermé —signe que nous sommes sans doute le vrai.

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Au reste, un autre aspect que j’ai beaucoup aimé cette saison, c’est de diriger beaucoup d’œuvres de Pierre Boulez, à l’occasion de son quatre-vingt-dixième anniversaire : Pierre Boulez est mon temps fort personnel de cette saison ! J’en ai même dirigé dans d’autres circonstances, sans l’Ensemble et loin de Paris. Je garderai toujours en mémoire le soir où nous avons joué Répons dans ce lieu si particulier qu’est la Gashouder d’Amsterdam, gigantesque silo industriel reconverti en salle de spectacle.

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 explosante-fixe… de Pierre Boulez à la Cité de la musique (Philharmonie 2)  le 21.03.2015

Les deux soirées Turbulences en « clair-obscur » avec Marko Nikodijevic (photo ci-dessous) ont été un autre temps fort de cette saison. Je n’y étais pas présent moi-même, mais le retour que j’ai eu a été étonnamment positif, tant de la part du public que des musiciens qui ont tous été enthousiasmés par cette rencontre — au point que nous lui avons passé une nouvelle commande. Réussir ainsi à intégrer à l’univers de l’Ensemble une galaxie qui lui était jusque là complètement inconnue est pour moi un grand plaisir et une source de fierté.

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Grégoire Simon ( à gauche) et Marko Nikodijevic

Dans le même ordre d’idées, d’un ensemble qui investit sur l’avenir d’un artiste, un autre souvenir fort de cette saison a été de voir la manière dont notre jeune chef assistant Julien Leroy (photo ci-dessous) a pris son essor : si intelligent et si modeste, il s’est développé au cours de ces trois dernières années d’une manière extraordinaire, d’un point de vue artistique et humain. C’est une image un peu triste, puisque cette saison marque aussi la fin de son passage à l’Ensemble : Julien nous quitte pour se lancer dans une carrière prometteuse, à n’en pas douter.

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Quelles surprises cette saison vous a-t-elle réservées ?

Dans le domaine de la création, les surprises sont nombreuses — je dirais même qu’elles sont attendues ! On ne peut pas planifier le succès d’un concert ou d’une création. Les réactions à une nouvelle partition, de la part des musiciens ou du public, sont imprévisibles. Parfois c’est l’échec total. Parfois, c’est une excellent surprise, comme par exemple la pièce que nous avait concocté mon ami new-yorkais David Fulmer (photo ci-dessous) : sa musique a été immédiatement adoptée par les musiciens, bien que non conventionnelle et très différente de ce à quoi ils sont habitués.

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D’autres projets qui me tenaient très à cœur, notamment pédagogiques, ont été d’excellentes surprises : la réaction des jeunes publics est un véritable bonheur. Et je veux remercier ici Sylvie Cohen de les avoir rendu possibles. Je me souviendrai toujours de ce jeune garçon, auquel Clément Lebrun avait confié la direction de l’Ensemble : debout sur l’estrade, il « touchait » le son, conduisant avec son corps un crescendo ou un decrescendo… Cette vision fascinante d’un enfant faisant l’expérience du pouvoir du son me remplit d’espoir quant à l’avenir.

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Sur une note un peu plus mélancolique, nous avons été surpris par la décision de notre talentueux et aventureux altiste Grégoire Simon de poursuivre sa carrière seul, à Berlin — mais ce sera aussi l’occasion de découvrir le nouveau soliste qui le remplacera. À ce sujet, nous aurons également la chance d’accueillir la saison prochaine un nouveau trompettiste.

Certaines des nombreuses activités menées cette année vous ont-elles inspiré de nouvelles idées de format ?

C’est une chose de réfléchir à des formats, c’en est une autre d’en faire l’expérience, dans les contraintes pragmatiques des organisateurs. Tout ce que nous faisons est une continuation du travail engagé, en regardant toujours vers l’avant. Nous continuerons ainsi à mêler pièces solos, pièces de chambre non dirigées et pièces d’ensemble : ce mélange est à mon sens très sain pour l’oreille et permet de préserver un esprit frais afin de mieux apprécier les nuances et la complexité de chacune.

D’autre part, nous initions la saison prochaine un projet en collaboration avec la Gaîté Lyrique : quatre « ateliers-concerts » de décembre 2015 à juin 2016 menés conjointement par la jeune et très originale compositrice Patricia Alessandrini, Clément Lebrun que notre public parisien connaît bien, et les solistes de l’Ensemble. La Gaîté Lyrique est pour nous un nouveau lieu qui nous permet d’aller à la rencontre d’autres publics à Paris. Le lieu de l’événement, et sa visibilité, revêt une importance au moins égale celle de la réflexion sur son format.

 

A voir aussi :  la captation d’Amériques d’Edgard Varèse réalisée dans la Grande salle de la Philharmonie de Paris le 3 février 2015.

 

Photos de haut en bas : (c) Franck Ferville / (c) Luc Hossepied pour l’Ensemble intercontemporain

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