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Retour sur la saison 2014-2015 : Sophie Cherrier, flûtiste

par Lou Madjar, le 10/07/15

Cherrier-Sophie©Franck Ferville-HD-DEF

La saison 2014-2015 se termine  et quelques solistes de l’Ensemble intercontemporain nous livrent leur regard sur une année riche et contrastée. Aujourd’hui, Sophie Cherrier, flûtiste, revient sur les événements qui l’ont plus particulièrement marquée.   

Quels ont été selon vous les temps forts de cette saison 2014-15 ?

Pour commencer, Concertini d’Helmut Lachenmann le 17 octobre a été un grand moment. Le compositeur était dans la salle, et nous avons pu apprécier la complicité qu’il entretient avec Matthias Pintscher. Je me souviens également de l’excellent travail de Clément Lebrun à l’occasion de la répétition publique qui avait précédé : quand on sait combien Lachenmann est exigeant et précis quand il s’agit de parler de sa musique, on ne peut qu’applaudir la manière dont il a mené son entretien avec lui.

L’autre souvenir marquant de cette saison, c’est Répons, à la Philharmonie de Paris (photo ci-dessous) : le top du top ! Quelle émotion quand on songe à l’évolution de cette pièce et au travail de Pierre Boulez. Tout le concert a été magnifique : j’ai personnellement trouvé formidable la performance de Victor Hanna, seul en scène, en début de concert : son Assonance VII de Michael Jarrell était magique, préparant une écoute très attentive pour Mouvement (-vor der Erstarrung) d’Helmut Lachenmann ensuite.

Certains aspects acoustiques de cette salle nécessitent certainement des ajustements, mais la Philharmonie attire un nouveau public. Je crois que, exception faite de quelques concerts avec Boulez, c’est la première fois ou presque depuis que je suis à l’Ensemble intercontemporain que nous sommes ovationnés avant même de commencer à jouer, et ce dans une salle pleine à craquer !

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De manière plus générale, quel est votre ressenti sur les diverses activités menées cette saison ?

J’aime toujours autant le principe des soirées Turbulences et l’ambiance qu’elles suscitent, à la fois du côté des musiciens et du côté du public. Ce sont des moments festifs et intenses qui donnent de l’Ensemble et de son répertoire un autre visage. C’est incontestablement nouveau ! Cette année, j’ai ainsi été touchée par la découverte de l’univers de Marko Nikodijevic, que je ne connaissais pas du tout.

Ces soirées sont pour nous l’occasion de montrer la souplesse de l’Ensemble qui est aussi sa richesse : au sein d’un même concert, on peut jouer des pièces solistes, chambristes et des pièces d’ensemble dans son entier. J’aime les programmes variés et j’aimerais qu’on aille plus loin encore, notamment dans l’exploration de la diversité des configurations scéniques et des modes de représentations.

Concernant les actions éducatives, les interventions de Clément sont toujours aussi passionnantes. J’ai participé au projet concernant le quintette à vent (photo ci-dessous) et j’ai été très impressionnée : il est parvenu à présenter un effectif et ses possibilités, au moyen d’une véritable narration spectaculaire émaillée d’extraits. Il sait aussi parfaitement présenter des enjeux primordiaux comme le silence chez John Cage.

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Enfin, j’ai eu la chance de participer à un « Classic Lab » à la Philharmonie de Paris, réunissant deux musiciens de l’Ensemble (Grégoire Simon et moi-même) et deux musiciens des Arts Florissants (le flûtiste à bec Sébastien Marq et la violoncelliste Elena Andreyev). Nous avions une heure et demie et j’avoue que j’appréhendais un peu l’exercice — je ne savais pas ce qu’on allait pouvoir dire ou faire pour ce petit public d’une trentaine de personnes. Dans un premier temps, nous avions prévu 1h15 de discussion entre nous, pour réserver 15 minutes d’échange avec le public. Finalement, dès le début, une véritable partie de « ping-pong » s’est installée avec le public. C’était extrêmement interactif et ludique. Nous avons joué ensemble une pièce de Maurizio Cazzati, puis chacun a présenté son répertoire : j’ai commencé par une pièce de Philippe Hurel, Sébastien par un Virgiliano, puis Elena a joué une Gigue de Bach, enfin Grégoire a enchaîné sur une Gigue de Kurtag… et ainsi de suite, pour terminer tous les quatre sur Musica Leggera de Berio. Nous avons parlé de la manière dont nous abordons une nouvelle partition, comment nous la déchiffrons, nous avons comparé nos expériences d’instrumentiste pour découvrir que nos recherches personnelles étaient somme toute très proches les unes des autres. Dans le cadre de notre travail à la Philharmonie, il est essentiel de montrer au public que la musique est un tout.

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Après deux saisons à la tête de l’Ensemble intercontemporain, comment décririez-vous  la relation entre les musiciens et Matthias Pintscher ?

La première chose qui me vient à l’esprit, c’est le partage. Je pourrais presque dire que c’est un trente-deuxième musicien, qui nous guide. Sa relation avec nous n’est pas tout à fait celle d’un chef avec un orchestre, tout se passe de manière bien plus collégiale. Il sait très bien où il va, mais il laisse nous exprimer. Je dirais même plus : il nous pousse à nous exprimer. Humainement, il est toujours présent, et son attitude est toujours positive.

En outre, il nous fait découvrir des compositeurs et des univers différents. Matthias étant lui-même compositeur, nous avons la chance de nous plonger dans sa musique sous sa direction — qui mieux que le compositeur lui-même pour nous guider dans son imaginaire ? Quant à sa direction, elle est sensible dans le bon sens du terme : il recherche le son, la sensualité, la musicalité avant la performance.

 

Photos, de haut en bas : (c) Franck Ferville / (c) Luc Hossepied pour l’Ensemble intercontemporain

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