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Portrait « ManiFeste » 6/6 : Zach Sheets, compositeur

par Jéremie Szpirglas, le 26/06/15

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Organisé par l’Ircam, l’Académie du festival ManiFeste offre chaque année à de jeunes compositeurs venus du monde entier la chance de travailler avec l’Ensemble intercontemporain, ensemble associé de l’Académie. Du 15 au 27 juin date du concert final, nous vous proposons le portrait de six d’entre eux, qui participent à l’atelier de composition pour ensemble dirigé. Un atelier placé sous la conduite des compositeurs Ivan Fedele et Michael Jarrell, et sous la direction musicale du chef néerlandais Lucas Vis. Portrait n°6 : Zach Sheets, un jeune compositeur des Etats-Unis.    

« Je mène depuis toujours une double-spécialisation, annonce d’emblée Zach Sheets : je suis flûtiste et compositeur. Cumuler les deux métiers est assez difficile, car ce sont deux approches différentes de la production musicale, mais ils s’enrichissent toujours. C’est pourquoi je me refuse à choisir entre l’un et l’autre — quand bien même l’un serait plus abouti et/ou couronné de succès. »

Cette double casquette façonne à bien des égards la musique du  jeune compositeur, né aux Etats-Unis en 1991. « Mon métier d’interprète, doublé sans doute d’une certaine vivacité d’esprit, insuffle une grande part d’instinct dans mon rapport à la musique. Lors de mes premières leçons avec Chaya Czernowin à l’Université d’Harvard, elle a aussitôt mis le doigt sur ce qu’elle appelle ma « téméraire impatience ». Je pense toutefois qu’il est assez « facile » d’obtenir un travail « assez bon » ou de sauter sur la première opportunité venue pour démarrer une carrière, mais que ça ne suffit pas. À cet égard, ma rencontre et mes études avec Chaya ont été un véritable choc. Elle a bien senti combien j’avais besoin d’être poussé. Mes intuitions sont souvent correctes et raffinées, et elles me mettent la plupart du temps sur le bon chemin, mais je dois dépasser cette première réaction, ce qu’on appelle le « réflexe rotulien » en anglais. J’ai donc voulu penser davantage, écrire et réécrire —« renouveler sans cesse » comme disait Ligeti. »

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D’autre part, la pratique de la flûte — et le son de l’instrument qui est toujours une combinaison subtile, dosée à l’envi par l’interprète, de timbre, de souffle et de bruit — a poussé le jeune compositeur à développer des affinités pour les sons chuchotés, les bruissements à peine perceptibles.

Ce sont de tels chuchotements qu’on peut entendre dès le début d’Encircling the crafted lights, l’œuvre que Zach Sheets compose pour l’atelier avec l’Ensemble intercontemporain dans le cadre de l’Académie  ManiFeste. Une œuvre qu’il a voulue à la fois « imagée, physique et gestuelle » : « Une coupe franche interrompt soudain les petits fragments chuchotés de figures (presque) parallèles qui ouvrent la pièce, pour basculer dans un processus subtil qui nous ramènera graduellement vers le geste initial. Une coda vient toutefois remettre en cause cette trajectoire — je ne veux pas en effet que cette pièce « traite » de sa trajectoire. »

 

 

Photos (c) Franck Ferville

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