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Portrait « ManiFeste » 1/6 : Katherine Balch, compositrice

par Jéremie Szpirglas, le 15/06/15

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Organisé par l’Ircam, l’Académie du festival ManiFeste offre chaque année à de jeunes compositeurs venus du monde entier la chance de travailler avec l’Ensemble intercontemporain, ensemble associé de l’Académie. Du 15 au 27 juin date du concert final, nous vous proposons le portrait de six d’entre eux, qui participent à l’atelier de composition pour ensemble dirigé. Un atelier placé sous la conduite des compositeurs Ivan Fedele et Michael Jarrell, et sous la direction musicale du chef néerlandais Lucas Vis… Premier portrait : l’américaine Katherine Balch.

Née en 1991, Katherine Balch n’a pas suivi le parcours habituel des jeunes compositeurs. Certes, elle s’est formée à la musique et a étudié la composition, notamment au New England College, dans le Massachussetts, auprès du compositeur grec Efstratios Minakakis. Mais cela s’est fait en parallèle d’autres études à la Tufts University (dans le Massachussetts également). Des  études toute aussi pointues et poussées que ses études musicales, mais qui n’ont absolument rien à voir avec la musique : l’histoire et les sciences politiques… De cette formation parallèle, elle puise une double vision du monde, d’une grande richesse. Ses connaissances dans le domaine de la philosophie, des théories politiques et de l’histoire des idées constituent, de son propre aveu, une « partie essentielle de son identité artistique » : « je suis convaincue que la spécialisation artistique suppose de s’immerger profondément dans les multiples aspects du réel, afin de considérer avec lucidité le monde et la place qu’on y occupe », dit-elle, en admettant toutefois que cela a parfois posé quelques problèmes d’emploi du temps en l’éloignant de la table de travail.

« Nombre de mes pièces naissent d’un concept souvent inspiré de ou emprunté à une autre discipline », dit Katherine Balch. Je ne recherche toutefois nulle transposition littérale d’un système extra-musical en musique, mais considère plutôt les processus extra-musicaux comme une métaphore ou une impulsion qui donne à la pièce sa cohérence formelle. » Ainsi de Silhouette pour deux altos (2014), qui décline le concept en quatre volets : courbes, lignes, ombres… Ou de Light up the Cave (2011), mélodie pour soprano et piano en forme de pied de nez à Platon.

Au reste, la jeune femme ne manque pas d’humour — elle annonce fièrement sur son site internet, aimer « cuisiner, jouer avec son chat, Zarathustra et se promener » — et cette distance se retrouve dans sa musique, comme dans son opéra de chambre The Loveliest Afternoon of the Year (2012), d’après une comédie absurde de John Guare.

Pour cet atelier avec l’Ensemble intercontemporain, Katherine Balch s’empare d’Arcadia de Tom Stoppard, et plus spécifiquement de la découverte prématurée des fractals, qu’aurait faite en 1809 le personnage de Thomasina Coverly, âgée de 13 ans, alors qu’elle cherchait à dessiner le réseau veineux d’une feuille de pommier. « Ma pièce, intitulée New geometry, prend sa source dans le principe du « zoom », tout en intégrant d’autres concepts développés par Stoppard. Arcadia m’accompagne depuis un certain temps, et cette pièce est une première tentative pour exprimer les impressions que me procure ce chef-d’œuvre du théâtre. »

Photos DR

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