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Composer pour se connaître. Entretien avec Yoshiaki Onishi.

par Ensemble intercontemporain, le 29/04/15

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Le 9 mai à Cologne, dans le cadre du festival Acht Brücken, l’Ensemble intercontemporain créera Tramespace II de Yoshiaki Onishi sous la direction de Pablo Heras-Casado. Né en 1981 à Hokkaido, ce jeune compositeur et clarinettiste japonais encore peu connu en Europe nous donne un aperçu de son univers musical et de sa nouvelle œuvre.

Avez-vous le sentiment que le pays où vous êtes né, le Japon, se retrouve dans votre musique, par exemple au travers de l’instrumentation – l’une de vos œuvres est d’ailleurs écrite pour trois gagakus ?

Personnellement, non. Mais, ayant vécu la moitié de ma vie au Japon (dans un village quasi isolé) et l’autre moitié aux Etats-Unis (pour mes études et le début de ma carrière), je sais combien la question de la culture peut devenir compliquée. Je crois que les cultures sont insaisissables. Elles sont en perpétuelle évolution. J’essaie donc de cultiver le doute quant à mon ressenti. Écrire une musique influencée par la tradition japonaise, sous le seul prétexte que je suis né au Japon, serait une solution de facilité. Le monde est devenu bien trop complexe. Dans mon cas, du fait de mon éloignement, je n’ai plus été en contact avec tout ce qui fait la vie quotidienne japonaise pendant une longue période de 18 ans. C’est toujours épuisant de recevoir de l’extérieur des informations parcellaires sur sa culture d’origine, mais c’est aussi la raison pour laquelle je continue à composer : pour apprendre progressivement à me connaitre, et plus encore, savoir qui je veux devenir. Je préfère admettre que je ne sais rien et me concentrer sur mon vécu plutôt que de me fier à de quelconques présomptions. Pour résumer, je suis un compositeur japonais ayant fait son éducation musicale aux États-Unis mais très attiré par la musique et la culture européennes.

À ce sujet, nombre de vos titres sont en français — Près de l’Abîme pour quatuor de clarinettes fait évidemment penser à Olivier Messiaen — : quelle relation entretenez-vous avec la musique française ?

D’abord, je suis fasciné par les langues depuis l’enfance. Particulièrement par le français, notamment à cause de ce hiatus entre ce qu’on lit et ce qu’on entend (que de lettres muettes !). Désireux depuis longtemps d’apprendre le français, je n’ai pu le faire qu’en 2007, au cours de mon troisième cycle à la Yale University (Connecticut). Je n’ai cessé depuis de pratiquer cette langue qui m’intrigue toujours. Au reste, j’ai bénéficié d’un enseignement de la composition avec un très fort tropisme pour la musique française. Mes deux maîtres, Fabien Lévy et François Rose, ont été élèves de Gérard Grisey, et j’ai aussi eu l’occasion de travailler avec Tristan Murail.

À propos de Tramespace II : quand on parcourt votre catalogue, on découvre d’autres pièces portant des titres approchants, comme la série des Tr, Tréma/Trame I, etc.

Nous parlions il y a un instant des cultures qui sont perpétuelle évolution : j’ai le sentiment qu’il en va de même de ma vie. S’il fallait choisir un mot pour décrire mes plus récentes expériences, ce serait « transition ». J’ai donc pris les deux premières lettres du mot, T et R, pour explorer ce que ces deux lettres mises ensemble peuvent signifier. Les lettres « Tr » ne sont d’ailleurs pas sans ambiguïté puisqu’elles désignent aussi le trille, une ornementation musicale.

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Tramespace est d’évidence un mot valise : comment éclaire-t-il le processus de composition ?

Trame se rapporte à une texture musicale complexe, qui évolue dans le courant temporel. Les parties individuelles des dix-huit musiciens sont presque toujours écrites comme des parties solistes. « L’assemblage » de ces lignes indépendantes tisse ainsi une étroite « trame auditive ».

Le mot espace est plus en relation avec « l’espace auditif » propre à chaque auditeur. Dans mon esprit, « espace » décrit de manière partielle ma manière d’explorer une situation compositionnelle particulière. En fixant un paramètre compositionnel tout en en variant un autre, je cherche à approcher les concepts de permanence et d’impermanence.

 

 

Photos : DR

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