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Mémoires de Mémoriale. Entretien avec Sophie Cherrier, flûtiste

par Jéremie Szpirglas, le 24/04/15

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Sophie Cherrier, flûtiste à l’Ensemble, sera l’interprète de Mémoriale de Pierre Boulez le 28 avril prochain au Barbican Centre de Londres. Elle revient sur la genèse de cette œuvre ciselée et intimiste.

Vous avez créé Mémoriale de Pierre Boulez : pourriez-vous nous raconter cette expérience ?

En novembre 1985, Pierre Boulez m’a demandé de jouer Originel (qui, par la suite, prendra sa place à la fin de …explosante-fixe…) en hommage à notre ami Larry Beauregard, flûtiste de l’Ensemble intercontemporain qui venait de nous quitter. Il m’a remis trois pages de cette pièce pour flûte seule : des notes, des rythmes, des « V » synonymes de petites pauses… auxquels je ne parvenais pas à donner un sens. Je suis allée à l’Ircam pour la lui jouer et je me souviens parfaitement de ce qu’il m’a dit : « Ça ne va pas, revenez dans quarante-huit heures ».

Quarante-huit heures plus tard, le bijou qu’est Mémoriale (…explosante-fixeOriginel) était né. Pour l’interprète, la pièce prenait tout son sens et sa magie : les « V » sont devenus des espaces suspendus avec trémolos et la flûte solo est soutenue par six instruments à cordes (avec sourdines de plomb), et deux cors.

Cette pièce intime, toute en douceur, peut être jouée seule, ou enchaînée au célèbre Syrinx de Claude Debussy. Deux génies ainsi côte à côte, c’est un pur bonheur pour nous flûtistes.

Vous dites que Mémoriale peut se jouer enchaînée avec Syrinx : comment l’une éclaire-t-elle l’autre, et vice versa ?

La « filiation » entre ces deux génies de la composition est évidente. On retrouve même des similitudes dans le graphisme, l’écriture. En ce qui concerne le lien entre les deux pièces, l’enchaînement de l’une à l’autre se fait assez naturellement. Au reste, il suffit de citer Gabriel Mourey (commanditaire de Syrinx ; pour sa pièce de Théâtre Psychée) : pour lui, Syrinx est « un véritable joyau d’émotion restreinte, de tristesse, de beauté plastique, de tendresse discrète et de poésie ». Pour ma part, cette description (doublée d’un hommage) peut tout aussi bien se dire de Mémoriale.

Photo (c) Luc Hossepied pour l’Ensemble intercontemporain

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