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Entretien avec Pierre Borel, saxophoniste et « imposteur »

par Lou Madjar, le 18/03/15

Photo Borel-DR

Invité avec son groupe de free jazz Die Hochstapler dans le cadre du « week-end Pierre Boulez » le 21 mars prochain, le saxophoniste Pierre Borel nous expose sa démarche résolument post-moderne qui mêle intelligemment appropriation et création, avec une délicieuse pointe d’irrévérence…

Votre groupe s’appelle Die Hochstapler : qu’est-ce que cela signifie ? En quoi ce terme illustre-t-il votre démarche ?

« Die Hochstapler » est un mot allemand qui signifie « les imposteurs ». Nous avons en effet longtemps travaillé sur la musique d’Anthony Braxton et d’Ornette Coleman : nous reprenions leurs compositions en improvisant dessus, les réarrangeant jusqu’à nous les réapproprier pour arriver à une musique de plus en plus personnelle. Il ne s’agissait alors pas tant de copier ces deux maîtres du free jazz que de voler leurs idées pour les faire nôtres – un début d’imposture.

Le principe était donc de vous emparer d’un matériau musical existant, quelle que soit son origine, pour le traiter de la même manière qu’un standard de jazz. Cette fois, vous allez le faire avec des œuvres de Pierre Boulez et de John Cage. Avez-vous le sentiment que toute musique est susceptible d’être reprise ? En quoi les musiques de Boulez et de Cage s’y prêtent-elles ?

En reprenant un matériau musical préexistant, nous essayons de détourner l’idée du compositeur unique pour envisager les idées musicales fortes comme une banque de données susceptibles d’être modifiées à volonté. C’est une démarche qui peut se rapprocher du « cut-up » de William S. Burroughs, lequel cherchait un chemin à travers des phrases trouvées, juxtaposées. Le collage fait apparaître d’autres éclairages, d’autres associations et ébranle du même coup l’image d’Épinal du créateur, de l’artiste contrôlant tous les paramètres de son œuvre. En utilisant le matériel de certaines œuvres de Boulez et de Cage, deux compositeurs quasi antinomiques, nous recherchons ce qui se trouve dans l’espace laissé ouvert entre les deux.

Comment vous êtes-vous retrouvés programmés dans ce « Grand Soir », et comment avez-vous accueilli l’invitation ?

Nous avons été invités à participer à cet événement par Grégoire Simon, ami de longue date et altiste de l’Ensemble intercontemporain. Nous avons souvent discuté avec lui des compositions de Boulez, de son apport à la musique du vingtième siècle et de son aversion pour toute forme de musique improvisée. « Quand nous avons été invités à participer à cet événement, nous avons pris un malin plaisir à proposer une approche improvisée de la musique de Boulez et de Cage. Nous y avons vu la continuité logique de notre imposture. »

 

Photo DR

 

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