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Solaris. Entretien avec Saburo Teshigawara, chorégraphe

par Renzo Monti, le 13/02/15

teshigawara

Roman culte de Stanislas Lem (1961), Solaris a fasciné le cinéma, d’Andreï Tarkovski à Steven Soderbergh. La surface de la planète Solaris, entièrement recouverte par un océan, présente une forme avancée d’intelligence extra-terrestre. Dai Fujikura, compositeur et  Saburo Teshigawara, chorégraphe et scénographe ont élaboré à quatre mains leur version opératique de Solaris qui sera créée le 5 mars au Théâtre des Champs-Elysées à Paris. Entretien avec un créateur atypique, qui conçoit chorégraphie, scénographie, costumes dans une approche globale.

Saburo Teshigawara, y a-t-il une dimension du texte original de Solaris qui, d’après vous, ne pouvait être révélée que par le chant, la danse, la scène ?

Pas nécessairement. Mais disons que pour adapter une œuvre telle que celle-ci à l’opéra, il faut déployer son imagination au-delà de la dimension littérale. Les scènes et les personnages doivent devenir plus physiques. L’infinité du cosmos et la limitation physique incluant leur propre mystère, sont les deux éléments qui nous permettent de ressentir, à travers le mouvement, une poésie abstraite de ce que la vie et la mort peuvent nous dire. La matière finit toujours par se dématérialiser. Alors cette œuvre est comme le voyage d’un être humain vers la mort. Dans cet opéra, il s’agit d’affronter le fait qu’il n’est pas facile de mourir. La mort est une éternelle inconnue, et cela rend la vie elle-même inconnue.

HERE TO HERE

Auteur du livret, metteur en scène, créateur des costumes, des décors, de la chorégraphie, vous dirigez cette production dans toutes ses dimensions artistiques. Par lequel de ces éléments avez-vous commencé pour imaginer votre version de Solaris ?

J’ai d’abord compris que tous les éléments de la scène devaient être abstraits. Indéfinissables, incompréhensibles, énigmatiques… Comment un être humain peut-il prendre des décisions dans de telles conditions? Il y a, dans le thème de ce livre, quelque chose qui ne peut pas être atteint simplement en combinant des sujets, des idées concrètes. C’est cela qui a guidé mon approche de tous les différents éléments artistiques. L’idée que l’énergie introspective crée un espace cosmique, c’est ce qui m’a permis de créer chaque élément distinct de l’œuvre. Nous avons besoin de pouvoir mesurer, nous faire une idée des distances que nous pouvons parcourir depuis l’intérieur de nous-mêmes.

Cette œuvre a fait l’objet de deux adaptations pour le cinéma, par Andrei Tarkovski et Steven Soderbergh. Avez-vous tenu compte des interprétations de ces metteurs en scène ou, au contraire, les avez-vous ignorées ?

Le cinéma et les arts de la scène, l’opéra, sont des choses très différentes. Sur scène, l’essentiel, c’est la simultanéité physique de l’œuvre et des spectateurs. Par conséquent, ce Solaris sera complètement indépendant.

HERE TO HERE

Comment décririez-vous la « lumière » d’une œuvre comme Solaris ?

Comme la transformation de la distance. La lumière vient des profondeurs de l’être humain jusqu’à la surface du corps, parcourant une distance impossible à évaluer. Cela exprime l’idée d’une lumière changeant à l’infini. Ce que l’on peut aussi concevoir comme une transformation infinie de l’énergie intérieure.

Solaris est une œuvre complexe qui explore les thèmes de la mémoire, de la conscience, du temps, de la culpabilité… Parmi les nombreuses approches possibles du texte, y en a-t-il une qui vous touche en particulier, qui résonne en vous plus profondément ?

La vie est plaisir. Et pourtant parfois vous voulez mourir… Seulement, mourir est une chose difficile. Et c’est là que la vie devient plus intéressante. Nous rêvons toujours de la mort. Alors je ferme les yeux, comme pour respirer, sentir une vision que je n’aurais jamais eue avant. Et lorsque j’ouvre mes yeux, je ne suis plus certain de savoir où je suis. je dois m’assurer de ce qui est en face de moi.

HERE TO HERE

 

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Photos (de haut en bas) : DR / autres photos © Bengt Wanselius

Article publié en 2014 dans le Journal d’Ouchy (Suisse)

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