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Relever les défis de l’interprétation. Entretien avec Yeree Suh, soprano

par Jéremie Szpirglas, le 29/01/15

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Les 11 et 13 février prochains, la soprano coréenne Yeree Suh chantera la poésie en compagnie des solistes de l’Ensemble intercontemporain. De Hans Werner Henze à Aribert Reimann en passant par Matthias Pintscher, elle se confrontera à des vocalités d’une grande diversité et particulièrement exigeantes. Entretien avec une chanteuse qui n’aime rien tant que relever ce genre de défi…

Vous alternez le baroque et le contemporain, et faites quasiment l’impasse sur le XIXe siècle… Ces deux répertoires sont-ils si proches pour que vous parveniez ainsi à « jongler » entre eux ?

Ils ont en effet de nombreuses caractéristiques communes : l’excellence de l’intonation, la clarté de l’énonciation, la précision rythmique, et une certaine joie dans la création. La musique est toujours de la musique quand elle vient du cœur ! D’ailleurs, je chante parfois avec plaisir de la musique romantique ; je n’y vois  aucune contradiction.

D’où vous vient cet enthousiasme pour la promotion de la musique contemporaine et la création de nouvelles œuvres ?

Je vais naturellement vers la musique que j’aime, et je prends un réel plaisir à résoudre les problématiques musicales les plus ardues. C’est peut-être la raison pour laquelle je suis si souvent invitée à chanter la musique contemporaine.

Vous avez déjà plusieurs expériences avec les solistes de l’Ensemble intercontemporain. Qu’appréciez-vous dans cette collaboration ?

L’Ensemble intercontemporain est un groupe merveilleux. Lors des différents concerts que nous avons donnés ensemble, j’ai beaucoup appris de ses musiciens : leur professionnalisme, leur engagement à défendre chaque pièce, la chaleur avec laquelle ils s’engagent dans la création. Selon moi, l’ensemble occupe une place unique sur la scène contemporaine mondiale.

Au cours de vos concerts avec l’Ensemble les 11 et 13 février, vous chanterez A twilight’s song de Matthias Pintscher, Nacht-Räume d’Aribert Reimann et Being Beauteous de Hans Werner Henze. Pouvez-vous nous décrire ces trois œuvres ?

Ces œuvres sont de natures fort différentes. La plus ancienne – celle de Henze – remonte aux années 1960. Le compositeur, dans une parfaite maîtrise, y fait la synthèse de son parcours. En tant qu’interprète, on est aussitôt saisi par la grande densité de cette composition.L’œuvre de Reimann nous fait entrer dans un tout autre monde. Après un vaste dialogue entre les deux pianistes durant lequel les pensées de l’auditeur peuvent se déployer dans l’espace, la soprano entre sur scène avec une vocalise et renforce la tension musicale jusqu’à la rompre, en entonnant le début du texte « Sieh hinauf… ».La pièce de Matthias Pintscher, plus récente, apporte à son tour une couleur nouvelle. Les sept instruments de l’ensemble tissent un tapis sonore d’une étonnante tendresse, sur lequel la voix peut dérouler son texte dans une impressionnante variété de nuances. Chacune de ces trois pièces supposent une écriture vocale singulière et c’est précisément ce qui me passionne dans ce programme : la diversité et la spécificité des exigences techniques qui doivent être mises au service de la création d’un univers musical à chaque fois très caractéristique. Je m’efforce donc toujours d’atteindre la perfection – c’est le seul moyen de marier les deux. Et quelle joie pour moi lorsque j’y arrive !

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Photo (c) Luc Hossepied pour l’Ensemble intercontemporain

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