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Retour sur la saison 2013-14 : le regard de Grégoire Simon, altiste

par Jéremie Szpirglas, le 04/07/14

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Tous les regards se tournent déjà vers  la nouvelle saison  2014-15 ce qui n’est pas une raison pour tirer un trait sur celle encore en cours et qui se terminera officiellement le 10 juillet prochain avec un dernier concert.   Nous avons donc demandé à quatre solistes ( Grégoire Simon, Frédérique Cambreling, Emmanuelle Ophèle, Victor Hanna) et à Matthias Pintscher, le directeur musical de l’Ensemble, de partager avec nous leur regard sur la saison 2013-14. On commence avec Grégoire Simon, altiste, qui répond à quatre questions.

Grégoire, quels ont été pour vous les temps forts de la saison 2013-14 ?

Tout d’abord, les trois week-ends Turbulences : ceux-ci nous ont donnés l’occasion de jouer des pièces que nous interprétons très rarement, et d’élargir la programmation, en mêlant des pièces anciennes à notre répertoire, avec des contrastes, qu’on ne peut pas toujours obtenir au sein d’un format de concert plus court. J’ai également beaucoup apprécié tout ce qui se passait au cours des entractes durant lesquels étaient jouées des pièces qui ne sont pas forcément pensées pour être interprétées sur scène, de façon frontale, et qui créent ainsi des ambiances singulières.

Et puis je retiendrai aussi le cycle des Espaces Acoustiques de Gérard Grisey (photo ci-dessous), sans doute parce que j’y ai joué un rôle central. C’est une œuvre forte et unique. Le public a en outre répondu présent et j’ai ressenti des vibrations particulières dans la salle.

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Après une saison, quel regard portez-vous sur l’arrivée de Matthias Pintscher à la tête de l’Ensemble ?

C’est un chef qui joue et compose, et j’ai l’impression que ça se ressent lorsqu’il dirige : il dégage sur scène une espèce de décontraction étonnante et rare, que ce soit par sa gestuelle, ou tout simplement par son attitude face aux musiciens. Je pense que ça nous donne beaucoup de souplesse dans le jeu et dans l’interprétation. Son écoute, ses gestes font passer énormément d’informations et d’affects.

Et puis, avec lui, nous avons pu jouer du Mahler et du Wagner. Si Matthias Pintscher dit beaucoup aimer la tradition française, la tradition allemande est à mon avis bien ancrée en lui. Ce point de vue est peut-être celui d’un musicien à cordes, mais j’ai le sentiment qu’il oriente le travail sonore : il aime la masse orchestrale, et il aime les sons pleins et riches qui peuvent parfois se perdre en musique contemporaine, où la concentration porte davantage sur la précision et les attaques. Lui se bat aussi pour la sensualité du son et ceci est très bénéfique pour le son de l’ensemble, qui n’en perd pas pour autant sa clarté et son identité.

Parmi tous les projets pluridisciplinaires lesquels vous ont le plus marqué ?

J’ai beaucoup aimé Le Voyage d’hiver (photo ci-dessous), notamment parce que l’interprétation est magnifique et que les compositions de Mark Andre sont très réussies, d’une finesse remarquable – et ce n’était pas un mince défi que de se confronter à un tel monument, aussi intime soit-il. La mise en scène était très légère, parvenant à créer une dimension spectaculaire avec une grande économie de moyens : c’était très envoutant.

Quant à moi, j’ai participé pour la première fois aux Intersessions au Triton, des rencontres croisées entre les solistes de l’Ensemble et les musiciens issus des musiques improvisées. C’est une approche totalement différente du concert ou de la scène. Nous avons beaucoup de chance que l’Ensemble nous offre ces possibilités .

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Quels sont pour vous les grands rendez-vous de la saison 2014-15 ?

Je suis très curieux des deux jours de nouvelles Turbulences pilotés par Marko Nikodijevic. C’est un musicien unique qui a ressenti, dès le début, la nécessité de faire autrement et qui est arrivé avec des idées très originales comme mêler Gesualdo, Vivier et la musique électronique, ou animer les entractes d’improvisations électroniques. Le travail avec lui est très agréable : il vient avec une proposition généralement très claire à laquelle on peut réagir pour faire des propositions ; tout se déroule ainsi, en aller et retour, de manière très organique. Ça va être un week-end un peu ambiant, très différent de la programmation habituelle.

Un week-end entier  sera consacré à Pierre Boulez, sous un angle inédit, et comprendra là encore un programme vaste et contrasté, avec notamment les ballets de Maurice Béjart et une grande soirée avec l’Ensemble qui interprétera entre autre …explosante-fixe…  Je suis également très curieux d’entendre le groupe de free jazz invité pour venir jouer en milieu de soirée : c’est un groupe appelé Die Hochstapler, qui signifie « les faussaires » ou « les imposteurs ». Ils travaillent habituellement sur Anthony Braxton et Ornette Coleman, volant leurs compositions pour faire les leurs – ils reproduiront pour nous la même démarche en partant d’œuvres de Pierre Boulez ou de John Cage. Ce sera très excitant d’entendre tout cela dans le même concert.

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Photos : portrait (c) Franck Ferville / autres photos : (c) Luc Hossepied pour l’Ensemble intercontemporain

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