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Susanna Mälkki, nouvelle directrice musicale de l’Ensemble intercontemporain

par Amanda Holloway, le 15/01/06

Née à Helsinki. Susanna Mälkki mène une brillante carrière de violoncelliste avant de suivre des études de direction d’orchestre avec Jorma Panula, Eri Klas et Leif Segerstam à l’Académie Sibelius. De 1995 à 1998, elle est premier violoncelle de l’Orchestre Symphonique de Göteborg, qu’elle est aujourd’hui régulièrement invitée à diriger. Susanna Mälkki obtient rapidement la reconnaissance internationale pour son talent de chef d’orchestre, aussi à l’aise dans le répertoire symphonique et lyrique que dans celui des orchestres de chambre ou des ensembles de musique contemporaine.

Susanna Mälkki est très engagée dans la création musicale. Elle travaille régulièrement avec le Birmingham Contemporary Music Group et les ensembles ASKO et Avanti !

En 1999, elle dirige la création finlandaise de Powder Her Face de Thomas Adès au Festival Musica Nova d’Helsinki. À la demande du compositeur, elle dirige de nouvelles représentations de cet opéra au Festival Almeida de Londres en 1999, puis en tournée au Royaume-Uni.

En 2004, elle assure la direction musicale de Neither de Morton Feldman, d’après Samuel Beckett avec le Danish National Symphony and Choir à Copenhague ainsi que L’Amour de loin, de Kaija Saariaho à l’Opéra National de Finlande, qu’elle reprend au Holland Festival 2005 et qu’elle donnera aussi au printemps 2006, à Helsinki. Elle dirigera également Der Rosenkavalier de Richard Strauss à l’Opéra National de Finlande au cours de cette saison.

Susanna Mälkki est Directrice artistique de l’Orchestre de Stavanger en Norvège (poste qu’elle quitte fin 2005) lorsqu’elle fait ses débuts avec l’Ensemble intercontemporain, en août 2004, au Festival de Lucerne dans un programme entièrement consacré à Harrison Birtwistle. Cette première et brillante collaboration est à l’origine de sa nomination en tant que Directrice musicale en juin 2005.

Susanna Mälkki dirigera l’Ensemble intercontemporain le 24 février, les 8 et 25 mars. Elle assurera la direction musicale à partir de la saison 2006-2007.

 

 

Pour Susanna Malkki, la musique contemporaine devrait faire partie du régime alimentaire de tout chef d’orchestre. La jeune chef finlandaise s’entretient ici avec Amanda Holloway dans un article de Classical Music intitulé Bread and Butter (« Le pain quotidien »).

Deux des nombreux qualificatifs dont on la gratifie agacent particulièrement Susanna Mälkki : celui de femme chef d’orchestre et celui de spécialiste de musique contemporaine. Quelque peu désarmée face au premier, elle montre une vive détermination à s’opposer au second car, pour elle, cette désignation résume tous les problèmes de la musique aujourd’hui. « La musique contemporaine ne doit pas être une spécialisation mais faire partie de notre vie musicale, affirme-t-elle avec force. Tous les chefs d’orchestre devraient s’intéresser à la musique d’aujourd’hui et diriger régulièrement des œuvres nouvelles, car c’est le moyen pour la musique vivante d’exister dans le futur. »

Une fois admise dans la classe de direction de Jorma Panula, auquel on doit la formation de talents tels que Esa-Pekka Salonen, Osmo Vànskà et Sakari Oramo, elle y a trouvé un esprit lui convenant parfaitement. « Panula est un professeur très stimulant, qui aide ses élèves à trouver les solutions par eux-mêmes et ne leur mâche pas le travail, ce qui n’aurait aucune utilité dans notre profession. » Les cours prodigués par Jorma Panula et le chef d’orchestre Leif Segerstam lui ont donné les compétences nécessaires pour diriger quelques orchestres parmi les plus entreprenants dans des œuvres nouvelles particulièrement difficiles. « En Finlande, la tradition veut que compositeurs et chefs d’orchestre travaillent étroitement ensemble. C’est une bonne façon d’apprendre le métier, parce que le chef d’orchestre est un élément indispensable dans la mu­sique contemporaine ! » Formée à Helsinki, Susanna Mälkki était déjà une musicienne d’orchestre accomplie lorsqu’elle a décidé de passer à la direction. « J’ai été nommée premier violoncelle de l’Orchestre symphonique de Göteborg peu avant d’entrer dans la classe de direction d’orchestre de l’Académie Sibelius, et pendant un temps je me suis partagée entre ces deux activités.» Elle ne regrette pas d’avoir quitté son pupitre d’instrumentiste, bien qu’elle ait eu beaucoup de plaisir à travailler dans cette formation. « C’est un orchestre merveilleux où j’ai appris beaucoup de choses. Mais je pense que mon caractère me poussait déjà vers la direction musicale. »

En 1999, alors que ses études ne sont pas encore achevées, elle est invitée à diriger l’opéra de Thomas Adès Powder Her Face au Festival Musica Nova d’Helsinki. Assistant à l’un des spectacles, le compositeur est tellement fasciné qu’il lui propose de diriger de nouvelles représentations au Royaume-Uni avec le Birmingham Contemporary Music Group (BCMG). Un violoniste de cette formation, Richard Leaver, nous livre ses impressions : « Elle a été d’emblée remarquable. Les indications qu’elle donne sont particulièrement précises et sa battue, très affirmée, est un grand facteur de concentration pour l’orchestre. Elle a énormément apporté à l’ouvrage, bien plus que ce que j’y avais moi – même vu. » Thomas Adès a lui-même remarqué combien elle avait réussi à donner de l’opéra une interprétation pleine de sens et de musicalité. « Il sonne tellement mieux lorsqu’elle le dirige », a-t-il confié aux musiciens. Ces louanges sont partagées par d’autres compositeurs, enchantés par ce qu’elle accomplit avec leurs œuvres. Ce fut par exemple le cas avec un programme Birtwistle présenté en 2004 par l’Ensemble intercontemporain au Festival de Lucerne, dont le succès a été prodigieux. Susanna Mälkki aime s’entretenir avec les compositeurs : « C’est une chance de pouvoir communiquer avec eux. Malgré la responsabilité qui nous incombe, créer une œuvre est une chose passionnante, c’est une véritable tabula rasa. » En mars et avril, elle a participé à la création d’ œuvres de Stuart MacRae et Hugh Watkins données en concert avec le BCMG, et a enregistré Tiroirs de McRae et David Sawer pour le label NMC, avec lequel l’ensemble musical entretient des relations continues. Stephen Newbould, directeur artistique du BCMG, tient à préciser que Susanna Malkki est un des chefs préférés de l’orchestre. «Elle analyse l’œuvre avec une grande pertinence et aime discuter de la programmation. À la différence de nombreux chefs qui se limitent à ce qu’on leur demande, elle apporte ses propres idées. Elle participe à nos actions de sensibilisation du public et a dirigé plusieurs tournées en région ; les publics des petites villes l’apprécient beaucoup. » « J’ai une croyance très forte dans ce que je fais. Je n’aime pas employer le mot « mission », mais c’est bien de cela qu’il s’agit, répond-elle lorsque je lui demande ce qu’elle fait pour réussir là où tant de femmes ont échoué. Cela ne m’intéresse pas de parler du sexe des chefs d’orchestre, continue-t-elle, je pense que la musique est plus importante que l’interprète. »

 

Propos recueillis par Amanda Holloway

Extrait de « Bread and Butter », © Classical Music – 29 janvier 2005

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