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Entretien avec Lucinda Childs

par Véronique Brindeau, le 02/07/97

J’ai étudié dans les années 60, à New York, avec Merce Cunningham et John Cage, et j’ai fondé ma compagnie – la Lucinda Childs Company – en 1973. Nous pratiquions alors la danse dans le silence. En fait, ce n’était pas un véritable silence, parce que la musique était intérieure. En un sens, nous devenions musiciens nous-mêmes. Il nous fallait un métronome intérieur. Naturellement, c’était un exercice. Mais en même temps, c’était une expérience très musicale qui a été fondamentale pour moi, et je n’ai jamais séparé la danse de la musique, ni fait de « collage » entre les deux.

Par la suite, j’ai fait la connaissance de Phil Glass et de Bob Wilson, et nous avons travaillé ensemble pour Einstein on the Beach en 1976. Il y avait un lien réel entre la structure de la musique et celle de la danse. Une compatibilité. Avec cette collaboration, j’avais trouvé une raison d’être entre la musique et la danse. J’ai continué de présenter des ballets sans musique ; mais c’est très difficile, car si on est perdu, tout est fini. Mais cette première expérience « musicale » de mes débuts aura vraiment été une étape préparatoire et décisive.

C’est à Paris que j’ai commencé à travailler avec des interprètes. J’ai rencontré Ligeti en 1984. J’avais beaucoup aimé Hungarian Rock, pour clavecin, et je lui ai demandé d’utiliser cette pièce ; il m’a proposé de contacter Elisabeth Chojnacka, avec qui j’ai choisi des pièces de Ferrari, Xenakis, Gorecki et Mâche. Nous avons aussi travaillé avec Sylvio Gualda et Françoise Kubler. Ce travail avec les interprètes a représenté une nouvelle direction très importante.

La création que je prépare actuellement pour l’Ensemble intercontemporain demande un type de collaboration très différent, et je pense qu’il en est de même pour les musiciens. Ils seront en effet sept à être présents sur la scène. Il faut déterminer ensemble leur place, définir avec eux leurs besoins. J’avais proposé à Roger Reynolds de travailler sur des poèmes d’Elisabeth Bishop, et il a accepté. Nous avons choisi quatre poèmes, que j’ai enregistrés. C’est donc ma voix que l’on entend sur la bande du spectacle. Ma chorégraphie est un solo, mais un solo très particulier puisqu’il est exécuté parmi les musiciens, avec eux et pour eux : une vraie collaboration.

 

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propos recueillis par Véronique Brindeau

Extrait d’Accents n°3 – juillet 97-janvier 1998

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