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Un vrai concerto de percussionniste. Entretien avec Gilles Durot.

par Jéremie Szpirglas, le 20/04/18

Le 25 avril prochain à la Philharmonie de Paris, le percussionniste Gilles Durot sera le soliste du nouveau concerto que Bruno Mantovani lui a composé, Cadenza n°1. Une commande de l’EIC rendue possible par le soutien de la Fondation Meyer. En avant-première, il lève le voile sur cette nouvelle œuvre aussi éclatante que redoutable de virtuosité. 

Gilles, comment est né ce projet de concerto pour percussions et ensemble ?

C’est un projet qui murit depuis un moment. Voilà plusieurs années que je connais Bruno Mantovani : j’ai notamment enregistré son Moi, jeu… (1998) pour marimba solo, pour un projet de disque avec l’Ensemble Multilatérale et la Muse en Circuit, à la suite de quoi j’ai eu l’occasion de retravailler avec lui, notamment dans le cadre de mes activités à l’EIC, lorsque nous avons repris Le Sette Chiese(2002), ou lorsqu’il est venu nous diriger. C’est moi qui suis allé vers lui pour ce projet de concerto et nous en discutions depuis plusieurs années, jusqu’à ce qu’il prenne forme grâce à cette commande de l’Ensemble.

Qu’est-ce qui vous attirait dans cette collaboration ?

Ayant été lui-même percussionniste dans une autre vie, Bruno compose extrêmement bien pour la percussion : il connaît et maîtrise les divers instruments, et a déjà beaucoup creusé cette écriture, notamment dans le cadre de son triptyque Double jeu/Moi, jeu…/Le Grand jeu, mais aussi pour sa musique de chambre et sa musique d’orchestre et d’ensemble. Il affectionne notamment les claviers et la multi percussion mais il a également déjà écrit un concerto pour timbales et orchestre In and out, redoutablement difficile. C’est une écriture de percussion à laquelle j’adhère, car elle est à la fois virtuose, solistique, et d’une grande finesse.

Que change justement le fait qu’il ait une formation de percussionniste ?

Il comprend les difficultés techniques que peuvent engendrer certains modes de jeux, notamment sur les claviers : ce n’est, par exemple, jamais évident pour un compositeur d’appréhender les possibilités qu’offre le jeu à plusieurs baguettes. Il a également des notions quant aux limites physiques de l’interprète. Ses tempi sont souvent très rapides, et ce qu’il écrit est d’une difficulté hallucinante, mais cela reste jouable. Ça passe par un travail considérable, mais le jeu en vaut la chandelle — en ce sens, son écriture pour claviers est dans la lignée de celles de Messiaen, Boulez, Manoury ou Dusapin. Je pense entre autres à Dérive 2 de Boulez, que l’Ensemble jouera également le 25 avril, sur laquelle il faut passer beaucoup de temps, mais dont le rendu est magique.

Comment avez-vous travaillé avec le compositeur  ?

Dans les faits, nous n’avons quasiment pas travaillé ensemble pendant l’écriture de la pièce. Et la collaboration en amont s’est résumée à un petit appel téléphonique pour me poser une question sur un instrument particulier. Il en a certes profité pour m’expliquer un peu le dispositif et nous avons discuté pour affiner deux ou trois choix d’instruments. Mais c’est tout. Il me connaît très bien, et il connaît très bien l’Ensemble, il avait donc toutes les cartes en main.

On sait combien Bruno Mantovani (photo ci-dessus) aime revisiter la forme concertante. Ici, le titre de l’œuvre nous laisse penser qu’il s’intéresse exclusivement à cette partie spécifique du concerto qu’est la « cadence », un moment où le compositeur lâche la bride à l’interprète pour qu’il exprime toute sa virtuosité.

C’est exactement ça ! Et j’ai d’ailleurs l’impression que, à l’instar des cadences traditionnelles dont vous parlez, l’orchestre est ici assez peu présent. On ne retrouve pas la confrontation du soliste et de la masse orchestrale, mais bien plutôt un soliste porté par une écriture d’ensemble assez aérée. La percussion solo joue pratiquement tout le temps, parfois dans des nuances très faibles, et l’épure de l’ensemble doit permettre d’entendre toutes les subtilités de son discours. L’écriture des bois est un peu plus fournie, mais elle vient plutôt souligner les contours du soliste. Quelques échanges se font toutefois avec deux autres percussionnistes dans l’ensemble mais de manière assez ponctuelle.

Photos © EIC

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