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Jouer la musique de Hans Werner Henze.

par Matthias Pintscher, le 30/01/18

Le mois le plus court de l’année n’est pas le moins chargé en événements. Et parmi ceux-ci, le Requiem du compositeur allemand Hans Werner Henze (1926-2012) le 16 février à la Philharmonie de Paris. Un chef-d’œuvre rarement joué qu’a choisi Matthias Pintscher pour ce nouvel instant M.

La musique de Hans Werner Henze n’est que trop rarement jouée en France et je le regrette. Les problématiques de programmation dépendant bien souvent d’effets de mode, je ne suis pas certain que cela change dans un avenir proche. Nous-mêmes n’avons, d’après mes informations, jamais joué son Requiem, alors que cette pièce nous va comme un gant : c’est l’esprit d’une musique d’ensemble, avec la mise en avant de solistes. C’est en outre une œuvre iconique, monolithe. Une de ces œuvres monuments qui font la particularité de notre saison 2017-2018.

La première fois que j’ai découvert ce Requiem, c’était par l’Orchestre de Cleveland, sous la direction de Christoph von Dohnanyi. J’étais invité à Cleveland pour diriger l’Orchestre et composer pour ce dernier, et il se trouve qu’il jouait le Requiem la semaine où je m’y suis rendu afin de me familiariser avec l’institution. J’étais encore jeune mais je connaissais déjà Henze depuis un moment : c’était déjà pour moi tout à la fois une figure paternelle, un professeur et un collègue. C’est du reste exactement à cette époque que j’ai commencé à me détacher de son influence pour me rapprocher d’Helmut Lachenmann (aux antipodes esthétiques de Henze).

 

Cette musique aux couleurs si vives et exquises ne m’en a pas moins fait forte impression. Ce Requiem a aidé le jeune compositeur que j’étais alors à se convaincre que la musique contemporaine peut véhiculer des images et des émotions fortes. Écrite par Henze suite à la disparition d’un ami proche, c’est une musique qui a le courage de faire face à ses sentiments pour en produire une image sonore. C’est une qualité que je trouve trop rare dans la musique d’aujourd’hui, laquelle se concentre bien souvent excessivement sur la facture, délaissant ce qui fait la force de tant de musiques, depuis Monteverdi et même au-delà : le fait que chaque détail du discours exprime, communique, quelque chose. Même dans des formats très abstraits, ces musiques sont chargées de ce désir si humain d’épancher l’âme. Cela peut sembler un cliché emprunté aux romantiques, mais je suis convaincu que c’est cette qualité qui fait la puissance de ces musiques, et permet à tous, musiciens et auditeurs, de « ressentir » plutôt que de conceptualiser.

 

 

Photos : portrait © Franck Ferville / Requiem de Hans Werner Henze, Cité de la musique, février 2018 © EIC

 

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