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Deux Esprits.

par Matthias Pintscher, le 27/11/17

Pour son dernier instant M. de l’année, Matthias Pintscher donne un coup de projecteur sur les deux compositeurs japonais au programme du concert « Deux Esprits » le 01.12 à la Philharmonie de Paris : Toru Takemitsu et Toshio Hosokawa. 

Le concert « Deux Esprits » présente les œuvres de deux des plus éminents représentants de la scène musicale contemporaine japonaise : Toru Takemitsu et Toshio Hosokawa. J’éprouve une profonde admiration pour ces deux compositeurs. Ils ont éveillé en moi, chacun à leur manière, une affection particulière pour ce qu’ils représentent musicalement : une musique qui prend profondément racine dans la culture japonaise. Chez l’un comme chez l’autre, cela s’exprime notamment par un sens aigu de la pulsation. Je dis bien « pulsation » et non « rythme ». Quand on s’immerge dans la culture musicale extrême orientale, on entend souvent résonner des pulsations de cloches, toutes simples, dont l’ostinato souligne l’écoulement du temps ou de l’histoire. Un écho, sans doute, de ces bols en cristal qui ponctuent les rituels et autres services religieux.

D’un autre côté, l’un comme l’autre ont développé des langages musicaux qui empruntent à la musique occidentale. C’est particulièrement vrai de Takemitsu, qui respire la musique française. Que ce soit par les couleurs, les rythmes et l’écriture : la facture de sa musique témoigne d’une maîtrise d’orfèvre un peu à l’image de celle de Ravel. Sa palette instrumentale ou orchestrale, la manière dont il bâtit une couleur, vingt musiciens participant à l’élaboration d’un timbre singulier, les perspectives sonores dont il structure ses partitions : tout cela me semble authentiquement français. Comme si la musique française était vue au travers du prisme d’un œil asiatique.

Le 1er décembre l’EIC  présentera le nouvel opéra de chambre de Toshio Hosokawa (photo ci-dessus) : Futari Shizuka. The Maiden from the Sea. D’abord, je suis très heureux qu’un compositeur aussi important nous fasse confiance pour créer une œuvre de cette envergure. Ensuite, je trouve le projet en lui-même fascinant puisque Hosokawa s’empare de la tradition du Nô. Une démarche assez inhabituelle mais qui, quand on y réfléchit un instant, n’est pas si différente de celle d’un compositeur reprenant une pièce de Shakespeare par exemple… Le Nô est régi par un ensemble de règles strictes et Toshio, avec le profond respect qu’il nourrit pour toute tradition culturelle quelle qu’elle soit, a la subtilité et la délicatesse nécessaires pour y ajouter une couche musicale pertinente. Dans cette œuvre il fait comme un « commentaire » d’une pièce Nô, dans son langage musical propre et avec sa caisse de résonance intime.

Toru Takemitsu, Archipelago S., au programme du concert « Deux Esprits » du 01.12 à la Philharmonie de Paris.

Photos (de haut en bas) :  Matthias Pintscher © EIC / Toshio Hosokawa © Schott Promotion / Christopher Peter

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