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Futari Shizuka. The Maiden from the Sea.

par Margarete Zander, le 20/11/17


Le 1er décembre à la Philharmonie de Paris, le compositeur japonais Toshio Hosokawa (photo ci-dessus) présentera son nouvel opéra de chambre Futari Shizuka. The Maiden from the Sea. Une création inspirée par une célèbre pièce du théâtre nô, Futari Shizuka (« Les deux Shizuka »), à partir de laquelle l’auteur et metteur en scène Oriza Hirata a imaginé un livret qui aborde métaphoriquement la tragédie des réfugiés traversant la Méditerranée au péril de leur vie. 

Le chaos sur son bureau est grand, quand bien même Toshio Hosokawa ne travaille jamais à plus d’une pièce à la fois. Il veut avoir le passé et le présent devant ses yeux. Pouvoir puiser dans toutes les ressources pour composer, dans les livres et les images, travailler avec les forces qui le touchent humainement et l’animent. L’essence de sa musique est déterminée par la nature : « J’aime la nature, dit le compositeur. Ma musique naît d’une correspondance avec la nature. Sans elle, tout est voué à la destruction. » Toshio Hosokawa vit au bord de la mer à Nagano. Il compose dans une maison en bois avec vue sur l’océan, et c’est de là que le sujet de son nouvel opéra s’impose à lui : les réfugiés. La mer qui les porte ou les engloutit. L’espoir et la mort, étroitement liés.

 

C’est l’actrice de théâtre nô Ryoko Aoki (photo ci-dessous) qui, la première, a eu l’idée de cet opéra de chambre, Futari Shizuka. The Maiden from the Sea. Rare femme dans un univers du nô dominé par les hommes, elle s’est donné pour mission d’associer aux vieilles pièces du répertoire nô des histoires d’aujourd’hui. Une mission pour laquelle elle cherche le soutien de musiciens et de compositeurs. Toshio Hosokawa et Ryoko Aoki se connaissent depuis dix ans. Pour l’actrice, la musique du compositeur résonne de manière idéale dans l’atmosphère du nô. Car, là aussi, l’art naît du silence, du simple « être là ».

 

L’idée de Ryoko Aoki pour cet opéra de chambre consistait à représenter les pensées et les sensations de la protagoniste à travers une sorte de voix intérieure. L’inspiration est venue d’une pièce de théâtre nô, Futari Shizuka : « Shizuka » est le nom d’une danseuse, « Futari » veut dire deux. Dans son nouvel opéra, la chanteuse et l’actrice incarnent toutes deux cette même personne.

Après avoir déjà travaillé avec Oriza Hirata pour l’opéra Stilles Meer (2015), Toshio Hosokawa a fait une nouvelle fois appel à lui pour le livret, en anglais, de cette création. Stilles Meer, qui avait pour sujet les dangers de l’énergie nucléaire, témoigne de la volonté de de Toshio Hosokawa de traiter de certains des grands problèmes contemporains, d’éveiller les consciences, et de faire entendre notre voix intérieure. Et c’est bien ce à quoi il s’emploie avec Futari Shizuka. The Maiden From the Sea : Helen, la « petite fille de la mer », se traîne jusqu’à la plage. On pense immédiatement à l’un de ces enfants venus d’Afrique du Nord et rejetés sur les plages de Grèce ou de Turquie. Elle a perdu son frère en mer. Commence pour elle une longue quête pour sa reconstruction, et la reconnaissance de son identité. Dans cet opéra, Hosokawa confie aux musiciens le soin de sonder la dimension émotionnelle du sujet, en faisant ressortir simultanément la distance extérieure de l’observateur et le bouleversement intérieur.« Dans la vie de tous les jours, nos voix intérieures sont masquées par nos habitudes quotidiennes, dit Toshio Hosokawa. L’acte de composer consiste pour moi à débusquer ces voix intérieures, à leur offrir un espace et à les tisser dans le temps musical. »

Photos (de haut en bas) : © Philippe Gontier / © Schott Promotion / Christopher Peter / Ryoko Aoki  © Hiroaki Seo

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