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Répons à New York.

par Matthias Pintscher, le 25/09/17

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C’est la tournée événement de cette rentrée 2017-18. Les 6 et 7 octobre 2017, l’EIC fera résonner Répons, l’un des chefs-d’œuvre de Pierre Boulez, dans l’espace hors-norme du Park Avenue Armory à New York. Deux soirées exceptionnelles dont nous parle évidemment Matthias Pintscher dans son instant M. d’octobre.    

Je pense pouvoir parler pour l’Ensemble intercontemporain dans son entier quand je dis que ce concert Répons à New York est  l’un des sommets, sinon le sommet, de cette saison 2017-2018. Pour moi, vivant entre Paris et New York, l’émotion est forte d’y faire entendre ce qui est sans doute l’œuvre la plus importante de Pierre Boulez. La dernière fois que nous avons joué Répons à New York, c’était Pierre qui dirigeait, justement, et c’était au Carnegie Hall en 2003. Cette fois, nous jouerons au Park Avenue Armory (plus communément appelé The Armory ), une salle qui offre selon moi l’espace idéal à l’épanouissement sonore de ce chef-d’œuvre.

À l’origine, The Armory est exactement ce que son nom suggère : un dépôt d’armes et de munitions pour l’armée américaine. C’est un immense bâtiment de style Art déco, de toute beauté. Au cours de la dernière décennie, The Armory est devenu un haut-lieu de la culture à New York. On y donne à voir et à entendre une vaste programmation de théâtre, de danse, d’opéras, de foires d’art contemporain, d’installations, et bien sûr, de concerts. Le grand atout de cet espace est qu’il est configurable à l’envi, pour s’adapter aux besoins de chaque projet : Répons sera d’ailleurs présenté ici avec une mise en lumières inédite.

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Park Avenue Armory, Wade Thompson Drill Hall

Répons sonne merveilleusement dans toutes les salles où nous le jouons, mais la musique prendra certainement une dimension inédite sous la voute de The Armory. Car c’est bien là la clef de l’œuvre selon moi. Répons n’est pas uniquement affaire de virtuosité, de clarté, de précision : il faut savoir converser les uns avec les autres à travers l’espace, répondre à la musicalité, à la résonance. C’est une antiphonie titanesque : comme une musique de la Renaissance qui aurait revêtu des habits de modernité, dans un geste renouvelé et des circonstances réactualisées. C’est là que la flexibilité dont fait preuve l’EIC est proprement inouïe.

_DSF2631Répons à la Philharmonie de Paris, juin 2015

De fait, Répons est au cœur de notre ADN. D’autres formations s’en sont emparées, souvent très bien, et c’est tant mieux, mais je pense qu’aucune ne le jouera jamais comme nous. Je crois aussi, avec d’autres, que nous entrons dans une ère « post-Boulez » quant à l’interprétation de sa musique. Il est temps de revenir à la partition avec un regard frais et un esprit vierge afin de s’émanciper de la figure du maître. Jusqu’ici, tous les chefs qui l’ont dirigée ont été, d’une manière ou d’une autre, sous son influence. Peut-être est-il temps à présent de revenir à la source afin de voir si des aspects jusqu’ici cachés de l’œuvre sont susceptibles d’être explorés et révélés.

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Répons à la Philharmonie de Paris, juin 2015

Je pense que Répons demande à être interpréter comme une symphonie de Beethoven. On ne répète jamais deux fois une de ses symphonies à l’identique ; on s’en approche chaque fois avec un angle différent. C’est aussi à cette énergie interne, propice à une grande variété de lectures, que l’on reconnaît les chefs-d’œuvre ! Avec Répons plus qu’avec une autre pièce, il faut de surcroit toujours s’adapter et « répondre » à son espace acoustique. Ce que le public new-yorkais pourra constater, puisqu’on le  jouera deux fois dans la même soirée, afin que les spectateurs puissent l’entendre sous deux perspectives différentes.

> A découvrir sur le même sujet une interview (en anglais non sous-titré) avec Matthias Pintscher :

Photos (de haut en bas) : Matthias Pintscher © Franck Ferville / Park Avenue Armory © Park Avenue Armory / Park Avenue Armory, Wade Thompson Drill Hall – DR / Répons, 2015, Philharmonie de Paris ©  Franck Ferville

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